Comme je vous l'avais dit la semaine dernière, j'étais tout à la joie d'avoir trouvé Le Moine de Lewis, ce roman fantastique étonnant. A la fois sur le site des Equarisseurs (dixit LeBoucher) mais aussi sur Feedbooks avec la possibilité de l'adapter pour l'Iliad. Donc petit cheminement sur Feedbooks, c'est pas compliqué, on suit les instructions. On crée son livre à la carte, d'après la source Wikisource, Gutenberg ou autre, on le met en forme, on valide les chapitres les uns après les autres avec application, et hop, après une dernière certification des responsables du site, il est en ligne "pour le monde entier", avec même les couvertures. On devient éditeur en quelque sorte, tout le monde devient éditeur à ses heures perdues, pour le bien de l'humanité ! (voire...). Bon, très bien, je commence ma lecture, premier chapitre, deuxième chapitre, puis comme un doute, bon sang, ce texte, je le connais bien, mais où est donc passé "La chanson de la bohémienne". Je rapplique fissa sur mon édition Corti, c'est au premier chapitre page 48, plus aucune trace dans la version Feedbooks ! Je vérifie plus en détail ce texte, la fin du premier chapitre a disparue, huit lignes ont sautées, et aucun moyen de s'en rendre compte autrement qu'en comparant les deux versions ! Quand vous achetez un livre d'occasion et que vous avez deux pages arrachées, vous vous en rendez compte, mais là, impossible ! Deuxième chapitre, manquent deux pages complètes, un passage important aussi avec "l'inscription d'un ermitage". Bref, je vais pas plus loin, je vais pas passer mon temps à chasser les lignes, les paragraphes, les pages qui manquent, c'est proprement catastrophique. Au bout de deux chapitres de lecture ! Certains me diront, qu'est-ce que quelques pages manquantes par rapport à la quantité de savoir disponible ? Moi, j'ai pas confiance dans tout ça et je vais pas être le seul, je pense, quand on consacre des heures à de la lecture, on est en droit d'exiger des textes corrects. Toutes ces sources Wiki et autres ne valent pas grand chose, des ersatz de livres... Et Gutenberg, otage malgré lui de tout ce désastre... Tout ça risque même de dégouter d'acquérir ces formidables outils que sont les livrels... J'ai un petit peu honte d'avoir "éditer" sur Feedbooks Le Moine de Lewis dans une version tronquée qui va se diffuser sur internet. Je relisais hier un article sur la chasse aux caviardages en tout genre sur Wikipédia avec le traquage des adresses IP. Je me demande si on va pas finir par accuser Penguin, Gallimard et Corti de caviarder les sources Wiki !!!!
Cette fameuse chanson de la bohémienne, elle est bien chez nos amis Bouchers, je vous la livre en terme de conclusion à tout ça, elle donne une saveur particulière à l'aventure...
CHANSON DE LA BOHÉMIENNE
Venez, donnez-moi la main! Mon art surpasse tout ce que jamais
mortel a connu. Venez, jeunes filles, venez! Mes miroirs magiques
peuvent vous montrer les traits de votre futur mari.
Car c’est à moi qu’est donné le pouvoir d’ouvrir le livre du destin,
de lire les arrêts du ciel et de plonger dans l’avenir.
Je guide le char d’argent de la lune pâle; je retiens les vents dans
des liens magiques; j’endors par mes charmes, le dragon rouge, qui
aime à veiller sur l’or enfoui.
Protégée par mes sortilèges, je m’aventure impunément aux lieux
où les sorcières tiennent leur sabbat étrange; j’entre sans crainte dans
le cercle du magicien, et je marche sans blessure sur les serpents
endormis.
Tenez! voici des enchantements d’une merveilleuse puissance!
Celui-ci garantit la foi du mari; et celui-ci, composé à l’heure de
minuit, forcera le plus froid jeune homme à aimer. S’il est une jeune
fille qui ait trop accordé, ce philtre réparera sa perte. Celui-ci fleurit
la joue où le rouge manque; et celui-ci rendra blanc le teint de la
brune.
Écoutez donc en silence, tandis que je dévoile ce que je vois dans le
miroir de la fortune; et chacune, quand bien des années auront passé,
reconnaîtra la vérité des prédictions de la bohémienne.


Bonjour Hervé,
Le Moine est un excellent livre que pour ma part j'ai pu découvrir en anglais auprès d'autres classiques du genre comme Melmoth the Wanderer ou Uncle Silas. La littérature gothique a quelques petites perles qui valent vraiment le détour.
Sur Feedbooks: http://www.feedbooks.com/discover/list?searchby=books&type=Gothic
Lovecraft dans un essai (disponible en anglais ici: http://www.feedbooks.com/discover/view_book/234) consacré à la littérature surnaturelle y consacre quelques chapitres, qui peuvent être une bonne introduction pour ceux souhaitant s'y essayer.
Concernant les différences de version: dans le cadre d'une traduction, il y a en général plus de chance d'avoir des différences étant donné que ce sont majoritairement des traductions du XIXème ou début XXème. Les initiatives de Gutenberg, Ebooks libres et gratuits ou encore Wikisource n'en sont pas mauvaises pour autant: ils font un remarquable travail d'OCR et de relecture permettant à chacun de disposer gratuitement de milliers d'oeuvres. On retombe quelque part sur le débat habituel concernant le crowdsourcing: oui il y a plus d'erreurs, mais en contrepartie on peut faire évoluer de manière instantanée et illimitée le contenu.
C'est avant tout une question de choix, et là dessus nous ne sommes pas tous sensibles aux mêmes arguments.
Rédigé par : Hadrien GARDEUR | 19 août 2007 à 21:19
Paul Duguid a publié une très intéressante analyse de problèmes de qualité relevés dans Google Book Search :
http://www.firstmonday.org/issues/issue12_8/duguid/index.html
Voir aussi ce qu'en dit Jean-Michel Salaün :
http://blogues.ebsi.umontreal.ca/jms/index.php/2007/08/14/298-la-trahison-de-google-book
Rédigé par : Alain Pierrot | 20 août 2007 à 09:01
Bonjour Hervé,
Ce post est à mon avis très pertinent car nous devons en effet nous interroger, rester vigilants, critiques, et ne pas nous laisser emporter béatement par la vague du tout numérique.
Cependant, comme l'on dit : "Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain"
Les éclairages d'Hadrien sont ainsi importants pour relativiser le préjudice je pense. De même les liens indiqués par Alain Pierrot montrent bien comment aborder ces problèmes.
Pour ma part si je pense et dis depuis longtemps que les professionnels de l'édition doivent s'emparer de ces questions, c'est bien pour cela et pour éviter des dérives qui seraient désastreuses.
Se pose également la question du bénévolat et du professionnalisme. Nombre de ressources en ligne sont le fruit du travail de bénévoles non rémunérés et souvent autoformés "sur le tas"...
Mais enfin grace à vous deux je vais découvrir ce texte que je ne connaissais pas et que je viens de télécharger sur Feedbooks pour le lire sur mon Iliad (et tant pis pour la bohémienne ;-)
Rédigé par : Lorenzo Soccavo / Nouvolivractu | 20 août 2007 à 11:16