"Tant que les conditions de protection des contenus numériques sur les réseaux ne sont pas fixés, que les choses soient claires, vous n'aurez pas nos contenus". C'est en substance le message que tous les professionnels de l'édition (groupes, éditeurs indépendants moyens et petits) réunis lors de ce Salon du Livre ont fait passer de manière unanimes.
Alors que les positions se radicalisent de part et d'autre, alors que la loi HADOPI est en discussion à l'Assemblée nationale (voir L'Express), il faut être clair :
Depuis quelques jours, je vous propose plus de 750 livres sur un serveur Free, 3 heures et demi de téléchargement. Ces livres représentent à peine le quart de la capacité d'une SD Card de 2GB de 10 euros. Tous ces textes sont libres de droits et ont été choisis, produits, relus, maquettés et mis en forme sous l'initiative d'une personne physique à savoir Jean-Yves Dupuis, habitant du Québec et lui-même auteur, en respect avec les lois internationales régissant le droit d'auteur.
Demain sur le même serveur Free, en 15/20mn , tout Folio, tout Livre de Poche, tout PointsSeuil, tout PressesPocket, tout Bouquins, tout Quarto, tout Que sais-je?, toute la Pléiade, tout Babel, tout Libretto, tout FictionsetCie, tout GallimardDécouvertes, tout LeMasque, tout Omnibus, tout Mille et une Nuits, tout J'aiLu, tout Librio, toute la Série Noire, tout CastorPoche, tout 10-18, tout Harlequin, tout SAS, tout RivagesNoir, toute la PetiteBibliothèquePayot, tout SpécialSuspense... La liste pourrait prendre plusieurs pages encore.
Certes, vous pouvez lire des grands discours des défenseurs libres des réseaux, avec des trémolos dans la voix, des défenseurs de la Connaissance et de la Libre Pensée...
Mais c'est du siphonnage de centaines de milliers de textes dont il s'agit actuellement de réfléchir, rien que de cela...
Mon choix personnel est simple, j'ai envie de continuer à acheter des livres, en papier et en numérique, et je veux que l'on m'explique clairement comment on va pouvoir ne pas tarir la création, la richesse et la diversité éditoriale dans notre pays si l'on procède à un pareil siphonnage des contenus.
J'ai très envie que chacun prenne position sur ce sujet. Qui paye le travail de Monsieur Dupuis?
PAS PIRATES : ALDUS
PS : on lira avec intérêt l'interview d'Alain Rocca, président des productions Lazennec, membre du Club des
producteurs européens, et président d’UniversCiné, société de
distribution de films indépendants en VOD, dans le Monde.
"C'est certain qu'à partir du moment où il y a un prix, c'est toujours moins bien qu'une situation dans laquelle on peut avoir la même chose sans payer. Mais dans ce cas-là, il faut avoir le courage de dire, quand on regarde un film sans le payer, qu'on prétend que la maquilleuse, le chef opérateur, le réalisateur, le scénariste et tous ceux qui ont collaboré à la fabrication de ce film doivent le faire le week-end et gagner leur vie autrement"
"La loi Hadopi, c'est juste pour essayer de ne pas faire perdre aux Français l'habitude de payer un film de cinéma quand ils le regardent. On ne répond pas à son boucher qui vous propose le steak trop cher en lui volant le steak quand il a le dos tourné. Sinon, on n'a plus de boucher, et on n'a plus de steak."
Mise à jour du 21 mars :
"La loi arrive à un moment dans lequel les acteurs de la création ont
perdu beaucoup d'argent et sont dans une relation polémique avec le
monde du numérique. On a laissé le mal s'installer, prospérer et le
débat survient tard par rapport à une pratique déjà installée. C'est
pour cela que c'est difficile. Je ne veux pas que cela se reproduise
sur les autres secteurs qui sont confrontés à ces questions. C'est ce
que j'ai dit au Salon du Livre : il faut réfléchir en amont, anticiper
avant d'être submergé par le problème, pour ne pas se retrouver dans la
situation de la musique, à discuter une loi dans le pire des contextes." (Nathalie Kosciusko-Morizet, Figaro.fr)


PIRATES : LES COMPLEXES
«Les Complexes» a signé le pacte pour les libertés numériques du réseau des pirates (http://reseaudespirates.org).
En ne nous en tenant qu'au livre et si l'on en croit les propos de rue89 (http://www.rue89.com/2008/11/09/comment-les-ecrivains-francais-gagnent-leur-vie) qui semble en cohérence avec les statistiques de la SGDL, le nombre des auteurs vivant de leurs œuvres est très très faible: 2,5% ! Sont-ce bien les auteurs qui risquent alors d'être "volés" et donc de ne plus pouvoir vivre de leurs œuvres ?
Il faut comprendre que le numérique et internet bouleversent complètement le mode production et de distribution du livre ce qui fait que sont coût n'a plus rien à voir avec ce qu'il était. La reproduction pour le livre électronique à un coût pratiquement nul ! Ce que l'on qualifie de vol et donc de piratage n'a aucun sens puisque le stock à chaque vente ne se vide pas !! La presque totalité du coût revient donc à la création du premier exemplaire ! Il nous faut donc un modèle économique qui ne se situe plus dans la vente d'unités produites mais de services autour de ces unités. Ce seront ces services qui rémunèreront les créateurs et l'éditeur, qui devient un "entremetteur" avec le public et non plus un industriel de la culture. Le prix du livre numérique ne doit donc plus s'appuyer sur le livre papier comme référent car il ne sont pas de même nature productive. Ce nouveau modèle économique doit inventer un livre avec de nouveaux services qui ne doivent pas être qu'un "accompagnement" du livre (blog/interview/commentaires de lecteurs), comme on le voit actuellement, mais une véritable plus-value. Et seul un livre électronique faisant corps avec le réseau peut offrir ce genre de service: flux garantissant la qualité selon le support, la langue, livres à plusieurs dimensions, réseaux de lecteurs, partage de notes, expoitation des contenus pour les catalogues de bibliothèques, extraction de contenus (citations), etc.
Tant que nous resterons dans la logique que nous qualifions chez Les Complexes de "matérialisme numérique" (dont le ePUB est l'émanation la plus visible), nous aurons sans fin ces discutions sur la rémunération et les droits d'auteurs, ainsi qu'une industrie de la culture qui fait peser sur chaque lecteur la suspicion de piratage.
À lire aussi: Faute de pirates, le livre électronique restera-t-il à quai ? http://www.framablog.org/index.php/post/2009/03/18/kindle-ebook-piratage
Il faut donc pirater (puisque tel est le terme péjoratif et consacré à l'évitement d'une lecture électronique sans plus-value et à un coût exorbitant relativement à sa non re-production), autant que possible, pour inviter l'industrie du livre à évoluer, satisfaire les lecteurs d'aujourd'hui et rémunérer les créateurs sur la base du service autour des contenus.
Rédigé par : Les Complexes | 19 mars 2009 à 16:01
les Complexes, vous fumez quoi?
Rédigé par : ? | 19 mars 2009 à 16:26
Chers amis des Complexes,
Je crois bien qu'avec des théories comme celles-là, ce n'est même pas la peine que vous alliez voir les éditeurs! Attention, à les traiter d'entremetteurs, j'en connais certains qui vous botteront le derrière!
Rédigé par : Aldus | 19 mars 2009 à 16:40
Désolés. Nous avons le plus grand respect pour les auteurs, les livres, les éditeurs, les libraires, le papier, les lecteurs (dont nous sommes)... et les entremetteurs. Le mot était mal choisi, c'est certain. Il n'avait pourtant pas de vocation péjorative dans notre commentaire. Nous sommes prêts à discuter de tout avec les éditeurs avant d'en venir aux coups de pied au derrière! D'ailleurs avec certains ça se fait.
Relativement à ce que nous fumons je répondrais: Html et javascript mais pas exclusivement (papier, ODT, PDF, LaTeX, voire ePUB, à l'occasion)!
Respectueusement.
Rédigé par : Les Complexes | 19 mars 2009 à 17:05
@les complexes
1) Je suis auteur et je ne vis pas de mon travail
2) Le système actuel n'est pas le meilleur qui soit, soit
3)Quel modèle de rémunération proposez-vous ???
4)Je vous invite à réfléchir non pas seuls dans votre coin, mais avec les acteurs du moment, ceux qui tentent d'aller plus loin que le système actuel, avant de balancer de belles théories (j'en ai moi aussi http://lesguidesmaf.blogspot.com/2008/12/drm-et-les-droits-de-lhomme.html)
5) le piratage n'est pas la bonne solution pour les 97,5 % des sans revenu, et vos pirates ne feront certainement pas la distinction entre eux et les autres qui avec de tels arguments rejoindront la cohorte des oui à la non numérisation.
Rédigé par : M-A Fournier | 20 mars 2009 à 12:22
Comprenons nous bien ! Nous ne sommes pas du tout pour des pratiques illégales. Mais il faut voir que la politique qui consiste à forcer les "objets" numériques à avoir des propriétés propre au monde physique comme la rareté est stupide ! C'est contre-productif et voué à l'échec. Si la phrase d'en-tête de cet article est juste, et malheureusement je crois qu'elle l'est, et bien ces professionnels peuvent attendre encore longtemps car jamais cela n'arrivera. La copie (lecture/écriture), le transport et le passage par des processus (in/out) sont les fondamentaux du monde numérique. Dans ce monde vous ne pourrez pas empêcher le "piratage". Pensez à ce qui se passe actuellement chez les majors qui révisent leur politique sur les DRM. Personnellement j'ai testé la difficulté que pouvaient représenter les marquages nominatifs sur chaque pages d'un PDF comme obstacle au piratage (comme ceux proposés chez Eyrolles). Et bien j'ai mis moins de 10 minutes pour les supprimer, imprimante virtuelle, petit srcipt python et hop le tour était joué ! Et je vous assure je ne suis pas du tout un crack en la matière. Comme nous l'avons dit plus haut on ne peut pas s'appuyer sur la vente d'unités qui vont se répandre comme des petits pains qu'on le veuille ou non mais sur une plus-value du livre en réseau ! Bref apporter un service (payant*) que l'on ne trouve pas avec l'achat d'un ebook. Le coût doit-être faible (services+ebook) pour éviter qu'il ne soit plus intéressant de passer par le téléchargement d'un ebook piraté (et pour ceux que ça intéresse et qui pensent que le livre ne risque pas d'être piraté, j'ai trouvé 37298 torrents rangés dans la catégorie ebook. Cela m'étonnerait qu'ils soient tous libres de droit !!).
Le coût des ebooks ne peut pas être le même et les futurs acheteurs vont très vite le comprendre, plus d'impression, plus de transport, la marge pour le libraire doit être redéfinie complètement (si elle a un encore un sens). Même le travail de mise en page n'est plus du tout le même ; plus besoin d'un maquettiste mais d'un webmaster (qui sait très bien ce que "feuille de style" veut dire) ! Bref le réseau peut faire peur si on croit pouvoir y transférer le même modèle économique que dans le monde physique ou bien être une nouvelle combinaison entre écrivain/éditeur/lecteur, où auteurs et éditeurs peuvent espérer une juste rémunération et les lecteurs de nouveaux attraits pour le livre.
Il n'y a pas qu'une approche du livre numérique : epub/readers avec l'angoisse du "piratage" ; c'est justement ce que l'on tente de partager avec bien évidemment les auteurs, ça va de soi !
*lecture en streaming, html zippé, annotations, indexation personnalisée, commentaires partagés, fiches de lecture, services de recherche, extraction de donnée (citations, biblio, résumés, géolocalisation...) interconnexion entre livres, livre multidimensionnel etc.
Rédigé par : Les Complexes | 20 mars 2009 à 18:36
Comme complexes, vous avez finalement des idées assez simples sur nos métiers!
Rédigé par : Aldus | 20 mars 2009 à 18:52
Je ne crois pas que nous parlions du même métier puisque nous parlons justement d'une nouvelle forme liée au livre en réseaux. Il y a encore beaucoup à inventé. Mais en lisant l'intervention faite par Hubert Guillaud au Forum des bibliothèques 2.0 de Montréal (http://lafeuille.homo-numericus.net/2009/03/quest-ce-quun-livre-a-lheure-du-numerique.html ). Je peux constater que l'on est pas les seuls à voir une évolution importante dans le livre, et avoir la même projection sur son évolution ;)
Rédigé par : Les Complexes | 20 mars 2009 à 19:55
Je suis surpris de ne pas voir de réelle argumentation en réponse aux commentaires de "Les complexes". Aldus, pourquoi pas une réponse un peu plus développée que "Comme complexes, vous avez finalement des idées assez simples sur nos métiers!" ? Cela m'interesserait de connaitre votre avis sur le leur ! Pour ma part, je suis étudiant en master de système d'information et je lis actuellement "Information rules" de Shapiro et Varian. Le modèle de l'économie de l'information est totalement différent de celui des biens matériels. Dans ce sens je comprends le message de "Les complexes", et finalement j'en viens à penser que ce dont aurait besoin le monde de la culture, c'est de cours d'économie !!!
Bien a vous
Rédigé par : Adrien | 29 mars 2009 à 15:15
Bonjour Adrien
Je ne remets pas du tout en cause les modèles de distribution "libres", c'est une solution très intéressante pour des auteurs qui n'ont pas accès aux circuits traditionnels. Franchement rien à redire, auteurs, lecteurs, tout le monde d'accord. Internet est un océan de textes "libres", et c'est tant mieux. Je souhaite pour ma part que l'on respecte ceux qui ont choisi de suivre des chemins avec des médiateurs qui gardent tout leur sens selon moi, éditeurs, libraires. L'économie du livre est, quoi qu'en pensent certains, une économie très fragile. Et les appels au piratage ne font que renforcer les inquiétudes et les clivages.
Rédigé par : Aldus | 30 mars 2009 à 10:48
Bonjour Aldus,
merci pour votre réponse, cela m'apporte l'autre approche qu'il me manquait par rapport au changement en cours. Je suis evidemment moi aussi pour qu'on respecte les contrats d'origine entre auteurs et "médiateurs". Je redoute seulement que, comme pour la musique, l'industrie de l'édition et les libraires prennent conscience du bouleversement que crée le numérique avant qu'il ne soit trop tard (au salon du livre j'avais vraiment l'impression de revivre la même histoire que lors des premiers lecteurs MP3: une espèce de dédain pour la technologie de l'encre électronique).
Rédigé par : Adrien | 30 mars 2009 à 14:28
Non, je ne crois pas qu'il y a de l'attentisme de la part des éditeurs, chez les grands comme chez les plus petits. Tous les professionnels comprennent bien qu'avec des lecteurs qui ne cessent de se rapprocher d'un confort de lecture proche du papier, le numérique devient un espace de distribution qu'il ne faut pas négliger; en revanche, ils attendent tous de savoir dans quels conditions ils vont pouvoir rémunérer leur travail. La donne avec la musique est différente en ceci que les textes ne sont pas si simples à s'approprier. Quand vous achetez un livre au contraire d'un CD, vous ne pouvez pas dans l'heure qui suit le mettre sur internet. Et je crois que les éditeurs ne sont pas décidés à brader leurs livres comme cela, surtout dans le pays où l'on télécharge de manière illégale le plus au monde. Ce en quoi, on ne peut quand même pas leur donner tort!
Rédigé par : Aldus | 30 mars 2009 à 14:52