"Texte envoyé par Alain Pierrot et Jean Sarzana (merci à eux):"
La réflexion sur l’œuvre numérique en
général, et sur sa définition en particulier, occupe les esprits depuis
plusieurs mois dans le monde du livre. Il est en effet légitime de bien
s’entendre sur ce dont on parle, pour mettre les notions nouvelles en
perspective avec les anciennes, en termes de droit comme en termes de marché.
Mais depuis longtemps le livre couvre des champs multiples, il se révèle étonnamment
flexible, et de surcroît sa matière est en mutation. C’est dire combien
l’exercice s’avère délicat.
La première s’attache à cerner le champ du
livre en tant qu’œuvre incorporelle, indépendamment de son support, qu’il soit
imprimé ou numérique. C’est une démarche d’abord conceptuelle, apparue comme un
préalable nécessaire à la réflexion sur le livre numérique lui-même.
La seconde approche, plus factuelle, porte
sur les attributs du livre imprimé et propose un essai de typologie primaire de
l’œuvre numérique.
«Un livre est l’instrument de la diffusion d’un discours au public, non pas simplement des pensées … C’est là que réside l’essentiel, à savoir qu’il n’est pas une chose qui est diffusée par là, mais … précisément un discours, et dans sa lettre même [1]».
Et encore: «L'auteur et le propriétaire de l'exemplaire peuvent dire chacun avec le même droit du même livre: c'est mon livre! mais en des sens différents. Le premier prend le livre en tant qu'écrit ou discours; le second simplement en tant qu'instrument muet de la diffusion du discours jusqu'à lui ou jusqu'au public, c'est-à-dire en tant qu'exemplaire [2]».
Cette formulation du grand philosophe allemand, qui souligne la valeur propre de l’œuvre littéraire et rappelle les caractères principaux du droit d’auteur, nous paraît directement répondre aux interrogations actuelles sur le numérique [3].
(1) La
référence au discours ne vise pas seulement la dimension textuelle de
l’écriture (comme elle pouvait le faire pour Kant à son époque). Dans une bande
dessinée, un livre d’art, un livre scolaire ou un guide de voyage, le discours
est largement porté par l’image, qui représente bien davantage que la simple
illustration d’un texte écrit [4].
Par «formes de médiation précises et
reconnues», on entend la transmission de l’œuvre en
(4) Ce
code commun porte sur les métadonnées de l’ouvrage, qui changent selon les
époques (nihil
obstat, privilège royal, achevé d’imprimer, notice bibliographique).
Les
autres conditions posées par le code commun définissent le champ du droit
moral.
*
Le livre imprimé pourrait donc se
caractériser ainsi :
Un
livre imprimé se présente comme l’inscription sur un support papier d'un
discours établi par son auteur à l’intention d’un auditoire indéterminé, à
l’issue d’un travail éditorial le plus souvent défini par contrat. Il constitue
un ensemble graphique achevé, illustré ou non (1).
Un
livre imprimé est reconnu comme tel à travers sa complexion matérielle et les
métadonnées qui lui sont propres. Elles lui confèrent son identité et le
garantissent comme référence (2).
Les
techniques d'inscription de l’œuvre et les pratiques de sa médiation sont
assurées par l’éditeur, qui garantit que la forme donnée à l’oeuvre, les
modalités de sa diffusion et les conditions de son appropriation par le public
répondent bien à l’intention de son auteur (3).
Le
livre imprimé se distingue aisément de l’article de presse –à l’œil nu,
peut-on dire-. Quant au catalogue de voyage, à la notice technique et au mode
d’emploi, c’est le caractère interchangeable de leur auteur et le défaut de
personnalité de leur discours qui en font des documents, et pas des livres. En
revanche, ce caractère est reconnu aux catalogues d’exposition dès lors qu’ils
ont un discours propre au-delà des œuvres qu’ils évoquent.
*
-
à travers le démembrement du codex [9], la numérisation constitue
pour les créateurs une véritable novation quant à la substance même de l’œuvre.
Elle permet son éclatement, facilite sa dissémination à l’infini, interdit
pratiquement tout suivi de son exploitation sur le Net –sauf marquage, peu
efficace, et traçabilité, coûteuse– et peut conduire à la perte de son
identité, partielle ou totale. Les auteurs estiment en conséquence que la
numérisation introduit une différence de nature, et pas simplement de degré,
dans la réalisation et dans l’exploitation de leurs œuvres.
- nombreux sont
les auteurs qui ont directement acquis sur le Net une expérience vécue, à
travers leur recherche personnelle. Explorant les spécificités de la lecture
sur écran, moins
linéaire que celle du livre, et tirant profit des possibilités de recherche
plein texte et de navigation, ils ont souvent intégré
dans la trame de leur “discours” les nouvelles conventions de communication du
texte enrichi de liens internes et externes (hypertexte et hypermédia:
images fixes, son, vidéo). Leur travail de création leur permet ainsi d’opérer
une distinction entre différentes sortes d’œuvres, depuis le livre papier
-oeuvre close et fixée dans sa forme- jusqu’à l’oeuvre numérique -oeuvre ouverte, protéiforme et constamment évolutive.
On en arrive ainsi à l’échelle suivante [10] :
A. Un livre est dit «numérisé»
lorsqu’il est issu d’un ou de plusieurs ouvrages primitivement réalisés sous
une forme imprimée qui ont simplement fait l’objet d’un changement de support.
B. Un livre est dit «numérique»
lorsque l'ensemble qu'il constitue est originellement réalisé sous la forme de
fichiers informatiques par un ou plusieurs auteurs dont il exprime le discours
construit sous une forme achevée avec le concours d’un ou de plusieurs éditeurs
(2).
(1) Lorsque le livre naît de la mise en forme
numérique d’un ouvrage originellement réalisés sous la forme imprimée, il ne
s’agit pas d’un livre numérique, mais d’un livre numérisé [11].
La différence est manifeste, dans la mesure où le premier a une origine et une
forme exclusivement informatiques, alors que le second doit son existence aux
antécédents papier dont il procède.
Pour
être numérique, l’ouvrage se doit d’échapper aux techniques autres
qu’informatiques. Il ne peut être réalisé, publié, exploité et transmis que
sous la forme immatérielle d'un fichier. A défaut d’une édition première
intégralement numérique, l'ouvrage ne peut plus mériter ce qualificatif.
L’intervention
d’auteurs multiples sur ou dans une même œuvre est un des nouveaux aspects de
la création numérique, qui échappe aux paradigmes de la littérature générale.
De même, l’œuvre numérique invite à la conjonction de deux types d’intervention
éditoriale, l'une sur le ou les textes constitutifs de l'oeuvre, l'autre sur la
création entre eux d’un réseau d’hyperliens qu'on peut au-delà d'une certaine
masse critique considérer comme une base de données.
(3) Un
ouvrage numérique ne peut être diffusé en tant que tel que via un réseau de
même nature, et ce à titre exclusif, sauf à perdre sa nature pour en prendre
une autre : celle de cédérom s’il fait l’objet d’une gravure, ou de livre
s’il est téléchargé à partir d’une imprimante. Il ne peut donc faire l’objet
que d’une représentation, toute reproduction lui imposant un changement de
support et lui faisant ainsi perdre son caractère originel.
Par voie de
conséquence, une œuvre numérique ne peut être lue que sur un écran, quel que
soit cet écran, fixe (ordinateur) ou mobile (téléphone, assistant personnel,…)
C. Le livre numérique se distingue d'autres
espaces interactifs en constante évolution et ouverts à tout intervenant
extérieur:
-
le blog est sans doute la forme la plus répandue de ces ensembles numériques,
dont les participants ne sauraient être reconnus comme les co-auteurs de
l'ensemble, pour autant qu'il reste ouvert. Si un blog fait l'objet d'une
édition, fixant billets et commentaires d'une période donnée, les échanges de
cette période peuvent acquérir le caractère d'œuvre achevée -et ses
participants celui d'auteurs d’une œuvre collective– voire prendre la forme
familière d’un livre imprimé [12].
- certains espaces numériques
collectifs du type Wiki (Wikipédia, Wikisource,…), se présentent comme une
maquette permanente, une sorte de périodique en écriture continue. A la
différence du blog, chaque contribution vient amender l'ensemble sans pour
autant prétendre lui donner sa forme achevée.
- il existe bien entendu beaucoup
d’autres formules intermédiaires, notamment des espaces partie figés, partie
ouverts, où peuvent s’incrémenter les apports des internautes [13].
La
multiplication de ces initiatives montre que si les contenus nourrissent, les
formats structurent. Il faut admettre que ces espaces, sous l’infinité de leurs
formes, se prêtent mal à une définition générique et relèvent plutôt de la
simple description, tout au moins au stade où nous en sommes.
*
On
s’est accoutumé depuis longtemps à la double nature du livre, objet matériel et
œuvre incorporelle, sans éprouver dans la sémantique ou la pratique éditoriale
le besoin de les distinguer. Le développement de la numérisation et les
nouvelles perspectives d’exploitation qu’elle offre aux œuvres de l’esprit conduisent
naturellement à revenir sur cette ambivalence et, à travers elle, à retrouver
les analyses de ceux qui ont fondé l’économie de l’édition. C’est ce souci qui
a guidé notre démarche.
Celle-ci
est loin d’être achevée: outre qu’elle peut être amendée et affinée,
reste à préciser la portée juridique des notions qu’elle s’est efforcée de
cerner.
[1] Emmanuel
Kant, Qu’est-ce qu’un livre ? PUF / Quadrige 1995 (traduction Jocelyn
Benoist) p. 123
[2] Ibidem, p. 131
[3] Un roman, un poème, un
manuel scolaire, un livre pour enfants, une bande dessinée, un essai, une pièce
de théâtre sont autant de «discours», au sens où l’emploie Kant.
[4] Autre
exemple, tiré de la littérature: Le
Petit Prince de Saint-Exupéry.
[5] Les Pensées, Bouvard et Pécuchet, L’Homme sans Qualités, les écrits de Pessoa...
[6] Exemple
paradoxal d’un livre hors langage, sans titre et sans auteur : Le Code Voynich, publié en 2005 par
Jean-Claude Gawsewitch.
[7] Echange de données
informatisées.
[8] Il n’en a pas toujours été
ainsi. Le codex se présente souvent comme la compilation sans cohérence de
plusieurs ouvrages de genres différents, sans rien qui les lie, que leur
reliure. La relation d’unicité entre livre, œuvre et auteur apparaît rarement
avant le 15è siècle.
[9]
Le codex existait bien avant la découverte de l’imprimerie. Celle-ci a donc
beaucoup moins affecté la nature et la substance mêmes de l’œuvre que ne le
fait aujourd’hui la numérisation.
[10] Cette échelle a donné lieu lieu à une réflexion suivie au sein de la Société des Gens de Lettres.
[11] Exemple des livres accessibles à travers
Google Book Search.
[12] Cf www.l-autofictif.over-blog.com
et L’autofictif, d’Eric
Chevillard, chez L’Arbre Vengeur.
[13] Cf www.livresdesmorts.com
(Le Livre des Morts, oeuvre poétique
interactive de Xavier Malbreil présentée au Salon du livre 2008) ou encore http://futureofthebook.org.uk/blake/book.html
(Songs of imagination and digitisation).
@ Copyright Alain Pierrot/ Jean Sarzana


PIERROT ROCHETTE
CREATEUR D'ART NUMERIQUE
ici Pierrot, du colloque epaper world
bravo pour votre magnifique page web
je voulais vous partager une réflexion
sur l'écosystème numérique
1) chaque membre de production de la chaine numerique risque de devenir a tour de role un sous-traitant de qualite pour le projet soit d’un auteur, soit d’un auditeur, soit d’un réseauteur international. Pour moi c’est en ce sens que l’éditeur ESS (ECONOMIE Sedentaire solide) va etre remplacé par l’éditeur ENN (editeur nomade numerique).
2) j’ajouterai deux sections sur mon blog http://www.reveursequitables.com dont les deux oeuvres d’art numerique constituent deux approches suivant l’évolution du numerique (Monsieur 2.7 K, l’age d’or de la decouverte) et le journal-courriels du dernier homme libre (l’age d’or du courriel)
3) la derniere oeuvre de ma trilogie s’intitulera BOOK BLOG et sera écrite en directe sur un blog avec commentaires ou je serai virale sur facebook et twitter sans qu’on ne puisse jamais me parler personnellement, sauf par comemntaire entre les chapitres…. le tout étant accompagne par un BOOK CAM, soit une camera web qui tous les matins a 6h.30 am jusqu’a 7h permettra au lecteur d’assister a une discussion de créativite entre mon partenaire master web Michel Woodard et moi le master art numerique.. le tout sera suivi d’une publication papier ou le MAKING OF servira a donner une valeur ajoutée à la marque REVEURSEQUITABLES.COM de facon à ce que je puisse me passer de tous les acteurs de la chaine de production numerique, vendant mes oeuvres à $1.00 chaque, cherchant plutot 100,000 personnes qui paieront pour l’ensemble de mes oeuvres dans un panier (ex: mes 3 ebook, mes 19 emissions de t.v. deja canees sur le work progress du pays oeuvre d’art, mes 105 chansons …
Puis une fois mon ier million fait, j’écrirai un livre sur le design du modele d’affaire pour l’auteur numerique roi par son contenu, parce que selon moi, le createur, qu’importe son domaine d’expression a droit au meme privilege que Picasso qui n’a jamais demande a ce qu’un editeur formate au dessus de son epaule pendant qu’il peint…
Puis une fois ces deux millions en poche, je donnerai tout et repartirai vagabonder la beaute du monde
Pierrot
ermite des routes
http://www.reveursequitables.com
pierrot@reveursequitables.com
Rédigé par : pierrot, le dernier homme libre | 09 décembre 2010 à 21:42