8 notes dans la catégorie "Actes Sud"

Actes Sud : un numérique bien timide

ActessudA lire sur le site Actualitté l'interview de Matthieu Raynaud, en charge des ventes numériques chez Actes-Sud. Le format numérique représente 2,6% des ventes, un catalogue de 2000 titres seulement sur les 13000 du fond de la maison (15%). Des réductions de prix bien timides de 25% sur le prix imprimé. Même si la suppression des DRM est un sujet difficile pour les maisons d'éditions qui travaillent beaucoup avec le marché anglo-saxon, on peut regretter qu'Actes Sud ne soit pas plus engagé dans leur suppression en faveurs des libraires indépendants comme Plon ou Robert Laffont par exemple, sans parler de tant d'éditeurs indépendants. Dommage.


Actes Sud : le principe des DRM réaffirmé malheureusement

Bertrand-pyA lire l'interview de Bertrand Py, directeur éditorial des Editions Actes Sud, sur le blog Tea. Il confirme un chiffre d'affaire du numérique à 2,5% pour l'année 2014, un pourcentage lui-même en progression de près de 50% par rapport à 2013. L’adaptation de la librairie à la vente numérique est selon lui "un enjeu important pour la profession mais aussi pour le maintien d’un pacte de confiance et d’une qualité d’échange avec le lectorat". Côté DRM, Bertrand Py maintient la position de les appliquer pour les titres du groupe (Actes Sud, Rivages, Rouergue, Gaïa) se réfugiant derrière l'éternelle position de "rassurer les auteurs": "J’entends dire que les DRM compliquent le téléchargement sans apporter par ailleurs de garantie fiable en matière de piratage… qui peut de toute façon se faire par d’autres biais. Je ne suis pas compétent pour en juger, mais ce que je puis vous dire, c’est que l’existence de DRM a pour principal mérite de rassurer les auteurs et qu’avant d’autoriser la diffusion numérique de leur œuvre ils font de ce type de protection une condition sine qua non pour la mise à disposition de leur texte." Depuis de nombreuses années, il est reconnu que les DRM compliquent infiniment la situation des libraires indépendants par rapport aux libraires anglo-saxons et leurs environnements (revoir seulement l'étude réalisée par Tea sur l'expérience-client en début d'année). Une position de principe du groupe Actes Sud bien incompréhensible quand on sait que plus de 170 éditeurs pour la très grande majorité indépendants proposent un tatouage numérique pour leurs clients. Pour certains avec les mêmes contraintes d'auteurs étrangers à "rassurer" comme Métailié, Viviane Hamy, Sonatine, Le Cherche-Midi, Michel Lafon, Plon ou même Robert Laffont pour n'en citer que quelques-uns. On ne doit pas avoir la même force de conviction chez Actes Sud malheureusement.


France-Culture: Millénium dans le poste

MilleniumL'épaisseur de la série Millénium vous rebute un peu? Qu'à cela ne tienne, France Culture a pensé à vous, en vous proposant d'écouter une version radiophonique. Je l'avais raté l'année dernière, c'est par ici, les 15 épisodes de la série en podcast. Le tome 2 est en cours ici jusqu'au 1er juin. C'est remarquablement bien fait, merci à la dame au chaptal pour le tuyau.

Vous connaissez la rengaine, la télévision n'a pas remplacé la radio...


Actes Sud: un poisson d'avril avant l'heure

RussellbanksJ'avoue que l'on ne l'avait pas encore vue celle-là, on est bien en train de toucher le fond comme on dit. Le dernier livre de Russell Banks "Lointain souvenir de la peau" publié aux Editions Actes Sud. La version numérique est sortie il y a quelques semaines au travers de la plateforme Eden. Prix à 22,90€, 5% de réduction par rapport à la version imprimée, vous avez bien lu. Une application stricte de la remise de 5%! (via eBouquin).


Hubert Nyssen en technicien visionnaire du livre

Actes sudPour rendre hommage à Hubert Nyssen, dont le décès a été annoncé aujourd'hui, il m'a semblé intéressant de vous proposer un article paru dans un numéro hors-série de "Science et Vie Micro" en janvier 1988 sous la plume de Philippe Brizard, consacré au 10ème anniversaire des Editions Actes Sud. Dans cet article, en écho à Apple et Steve Jobs, le journaliste revient sur l'aventure de la micro-édition dans laquelle les Editions Actes Sud s'étaient engagées en pionnière à l'époque, alliant à la fois qualité typographique et modernité:

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Editer c'est découvrir, la micro-édition au service des beaux livres

Actes Sud, Hubert Nyssen éditeur. Ces mots sont désormais connus des amoureux de la littérature. Loin du tapage médiatique et des salons parisiens, Hubert Nyssen prouve qu'un éditeur exigeant peut vivre de son travail sans faire de concession. Actes Sud fête cette année ses dix ans. Oh surprise! Cet anniversaire coïncide avec l'arrivée de la micro-édition dans ses locaux.

   La vieille batisse domine avec indifférence le Rhône. Cette construction biscornue, pleine d'escaliers, de couloirs et de terrasses, est le berceau de 300 ouvrages, que viennent rejoindre chaque mois une vingtaine de nouveaux titres. Attention, n'allez pas penser qu'Actes Sud fleure bon le thym, la ciboulette ou autres soupes aux herbes sauvages. Point trace de régionalisme ici. Simplement un éditeur ayant jugé incongru de "monter" à Paris pour exercer son métier.

    Les livres qu'édite Hubert Nyssen sont pour moitié des ouvrages étrangers, qu'un réseau de lecteurs signale à son attention, et pour moitié des découvertes françaises, nouveautés et rééditions. L'équipe d'Actes Sud a pour seul critère la qualité des manuscrits (qui arrivent à raison d'une trentaine chaque jour par la poste, passage du Méjan) et les coups de coeurs éprouvés à la lecture. "Même si l'on est en droit de contester tel ou tel choix, je n'ai personnellement pas à rougir d'aucun des livres que j'ai édités" affirme fièrement, pipe en avant, Hubert Nyssen, gentleman à la soixantaine moustachue et distinguée.

Francaise-garamond  Son exigence se manifeste aussi dans la présentation des ouvrages. Ni bouquin au texte serré et à la reliure fragile, ni faux livre de luxe, l'ouvrage Actes Sud est maniable, sobre, solide et lisible. Edité selon sa longueur dans l'un des trois formats oblongs dont les dimensions s'harmonisent (10x19; 11,5x21,7; 13x24), composé en Garamond et justifié selon un gabarit délibéremment étroit, le texte est imprimé sur un beau papier Vergé Edition Ivoire. Les cahiers cousus sont assemblés sous une couverture souple mais toujours illustrée avec goût.

   Comment la micro-édition s'est-elle intégrée dans cet univers où l'esthétisme est roi? L'informatisation des Editions Actes Sud pourrait se raconter comme une belle histoire. Il était une fois un jeune bruxellois de 25 ans qui avait pour nom Juan Pirlot de Corbion. Juan se sentant à l'étroit dans son pays natal, décide de partir en France et d'y devenir journaliste. En Avignon, il croit découvrir l'école qui fera de lui un vrai reporter. Hélas la formation n'est pas convaincante. Un jour il rencontre Hubert Nyssen (à l'occasion d'une conférence à l'école) qui au vu de son passé d'étudiant en lettres, lui propose d'effectuer un stage à Actes Sud comme lecteur de manuscrits. Juan apprécie cette ambiance éditoriale, proche de celle de l'artisanat familial. Mais il n'y a malheureusement pas de poste à temps plein pour lui. C'est alors qu'il tombe sur le dossier de SVM en mars 1987 consacré à la micro-édition. Une idée germe: pourquoi ne pas proposer à Actes Sud une cellule d'informatique éditoriale dont il serait le responsable? Dans la foulée, en digne émule de Tintin -dont il a un peu la bouille- Juan monte dans sa petite auto pour enquêter plusieurs mois dans les milieux de l'édition électronique, sans même avoir soumis son projet à Actes Sud. Après son étude budgétée, il propose le packaging "micro-édition + Juan Pirlot" à Hubert Nyssen. Celui-ci l'écoute. Visiblement intéressé, il demande à voir. "Je devais prouver que la qualité serait préservée" se souvient le jeune homme. Après plusieurs semaines d'essais typo, la réponse est positive. Si cela n'avait pas été le cas? Juan répond avec une naiveté non feinte qu'il n'y a même pas songé.

Se    Juan assure désormais la composition de tous les nouveaux titres Actes Sud. L'entreprise a acquis six Macintosh SE équipés de disques durs -dont quatre servent aussi à d'autres tâches- raccordés en réseau à une imprimante laser. Les manuscrits sélectionnés sont saisis sur Macintosh (logiciel Word 3.0), par une équipe de cinq clavistes que Juan a recrutés et formés. Il n'est guère envisageable d'exiger des écrivains qu'ils fournissent leurs romans sur disquettes. Les traducteurs, eux, sont pour la plupart équipés de traitements de texte.

    Dans un premier temps, Juan n'utilisait pas de logiciel de mise en page; un traitement de texte évolué, comme Word 3.0 suffit au formatage de textes continus sur une seule colonne. Depuis peu, il a fait l'acquisition de X-Press dans le souci d'atteindre une qualité typographique irréprochable. Si la police utilisée par Actes Sud reste toujours la même, le corps évolue en fonction du format du livre et de la longueur du texte; "Or, remarque-t-il, un corps 11 de photocomposition n'a rien à voir avec un corps 11 de micro-édition!" Et Juan de montrer une multitude d'épreuves laser avec en marge les annotations d'Hubert Nyssen: "illisible", "trop serré", "trop lâche", etc. La chasse, l'interlignage, la césure, doivent donc être paramétrés de façon très précise.

    Bien entendu, la sortie laser sert uniquement à vérifier la qualité de la page. La sortie de l'original sur Linotronic 100, sous la forme de bromures ou de films, est sous-traitée à la société Imprimerie Libérale à Châteaurenard (entre Arles et Avignon). Lors de notre visite à Actes Sud, Juan attendait avec inquiétude les films du premier ouvrage réalisé en micro-édition. Renseignement pris, le flashage du "Naufragé de Saint-Louis" de Guy Rohou s'est effectué sans dommages et après impression, le livre sera disponible en février "dans toutes les bonnes librairies". Avant même l'arrivée de Juan Pirlot, Christine Nyssen, chargée de la gestion, songeait depuis quelques années à rapatrier l'ensemble de la composition à Actes Sud.

   Plusieurs solutions furent alors envisagées: il a notamment été question de terminaux reliés aux photocomposeuses; mais l'idée fut finalement écartée parce que jugée trop lourde. "Un réseau de micros apporte une plus grande souplesse de travail et réduit donc les coûts" constate Christine.

HubertN_portraitreduit    Hubert Nyssen ne saurait contredire ces propos, lui qui, adepte du paradoxe, voit dans la micro-édition beaucoup plus qu'un simple outil destiné à favoriser la production: "la sophistication de l'outil informatique -dit-il- nous permet de retrouver la jouissance artisanale des imprimeurs-éditeurs d'antan. C'est là le vrai sens de la modernisation".

Philippe Brizard

Article paru dans "Science et Vie Micro" hors-série, janvier 1988

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Merci à Guillaume de m'avoir aidé à récupérer rapidement cet article. Science et Vie Micro ayant arrêté sa publication en avril 2010, j'ai cherché vainement un contact à la rédaction de l'Ordinateur Individuel/SVM. Je les remercie d'avance, ainsi que l'auteur de l'article, de me confimer leur autorisation tacite pour la diffusion de ce bel hommage au talent visionnaire d'Hubert Nyssen en tant que technicien du livre.

PS: lire également l'interview que lui consacre le NouvelObs. A noter que Juan Pirlot de Corbion a vogué vers de nouvelles aventures numériques depuis cette époque, puisqu'il a été le fondateur de Chapitre.com en septembre 1996 et de l'actuel site YouScribe en avril 2010.


Hubert Nyssen nous a quitté

J'apprends à l'instant le décès d'Hubert Nyssen, écrivain et fondateur des Editions Actes Sud. Triste journée, un grand éditeur qui nous quitte. De merveilleux souvenirs avec les petits livres de Paul Gadenne c'est par là que je suis rentré, tellement d'autres à la suite, aussi une rencontre avec les étudiants pleine de passion sur son métier à Bordeaux en 1984. Un catalogue incomparable, merci Monsieur Nyssen. A revoir absolument l'interview que lui a consacré très récemment l'excellent site Envie d'Ecrire.


Actes Sud: une offre numérique avec DRM

Actes_sudActes Sud arrive enfin sur le numérique. C'était l'un des derniers grands absents de l'offre numérique en France. L'éditeur arrive au travers de la plateforme EdenLivres rejoignant les trois grands groupes La Martinière, Gallimard et Flammarion. 29 titres pour l'instant avec déjà des best-sellers comme Camilla Lackberg, Mathias Enard, etc. Côté prix, pas d'effort particulier, on suit la politique des grands groupes. On regrettera bien entendu la présence des DRM; un peu dommage qu'un éditeur qui doit tant à la librairie indépendante arrive au moment où Amazon déboule sur le marché français en confirmant les modèles propriétaires américains. J'espèrais beaucoup du côté d'Actes Sud. Le signal fort de Minuit, Métailié, Libella, Harmonia Mundi et bien d'autres sera resté lettre morte. On sait depuis longtemps maintenant que ces DRM représentent une réelle contrainte pour les libraires indépendants qui souhaitent accéder à ce marché. Tant pis pour eux, une nouvelle fois. Messieurs, on ne semble pas avoir besoin de vous. Les DRM en France, on va encore en avoir droit pour longtemps malheureusement, avec les incompréhensions et les frustrations de tout ceux qui vont découvrir les joies de l'ACS4 d'Adobe Digital Editions et celle d'Amazon! Le piratage a décidément de beaux jours par chez nous!