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décembre 2021

2 notes en janvier 2022

7. La transition numérique à l'aune de Nikos Kazantzaki

CoverSeuls deux livres de Nikos Kazantzaki sont disponibles dans l'offre numérique légale, Ascèse et Le Jardin des rochers, tous les deux au travers du dispositif de numérisation des livres indisponibles Fenixx/Relire. Ces deux titres ont été publiés directement en français par l'auteur, sans traducteurs. Ils ont sans doute été autorisés par les ayant-droits de Kazantzaki. Les autres livres de l'auteur sont écartés du dispositif comme tous les auteurs étrangers. Au moment de les lire tous les deux, c'est l'occasion de revenir sur ce dispositif Relire tant décrié à sa sortie et mesurer la situation aujourd'hui.

Créé à partir de 2014, ce dispositif se proposait de numériser et proposer chez les revendeurs des livres parus avant le 1er janvier 2001 et qui n'étaient plus commercialisés chez les éditeurs. Les auteurs et ayant-droits pouvaient s'opposer à tout moment, les livres finalement retenus entrants dans le cadre d'une gestion collective. Porté par la BnF, la numérisation a concerné plus de 200.000 livres, qui sont aujourd'hui disponibles sur les plate-formes. Les numérisations ont été arrêtées, seule la maintenance continue: "Suite à la décision du Conseil d’État du 7 juin 2017 au sujet du dispositif de réédition électronique des œuvres indisponibles du XXe siècle, la BnF n’assure plus désormais que la maintenance du registre ReLIRE. Ce dernier signale l’ensemble des œuvres en gestion collective et permet notamment l’identification des œuvres faisant l’objet de licences d'exploitation délivrées par la Sofia." On a tellement craché sur ce dispositif (comme sur tant de dispositifs interprofessionnels d'ailleurs, sans jamais sourciller sur les GAFA, bizarre non?) que je n'y reviendrais pas ici, le dossier est clos.

Aujourd'hui, c'est le seul marché de l'occasion dérégulé qui permet de garder une trace de ces livres. Depuis 5 ans maintenant, celui-ci s'est considérablement fortifié avec l'arrivée d'acteurs "industriels" qui ont mis en place de nouvelles méthodes de massification, de spéculations inédites avec notamment des robots comparateurs de prix. Tous les acteurs historiques du livre d'occasion reconnaissent que la concurrence s'avère déloyale désormais sur les plate-formes, les excluant de facto du marché en ligne. Quand on rajoute le désherbage massif en bibliothèques de ces livres, il devient difficile de se les procurer, aussi bien en bibliothèque que sur les réseaux, ils sont bien souvent à des prix de plus en plus prohibitifs. Et la situation risque évidemment de ne pas s'améliorer dans les années à venir, quand vous rajouter également la faible qualité du papier pour quasiment la totalité d'entre eux. Le temps fait son œuvre...

Il est certain qu'à moyen terme (une décennie, deux?), l'accès va devenir très difficile, voire impossible pour nombre d'entre eux. Ils disparaitront sans doute complètement de notre patrimoine éditorial, à moins bien sûr que des éditeurs ne s'intéressent à certains. Mais combien, une petite dizaine par an? Le rapport est bien dérisoire. C'est bien peu à l'échelle de la production éditoriale de la fin de XXème siècle. C'est aussi un véritable désastre pour des catalogues entiers d'éditeurs qui ont disparus, la liste des défaillances est considérable du côté de l'édition indépendante, notamment littéraire.

À l'heure où l'on parle de réguler le marché du livre d'occasion, il est dommage qu'une véritable alternative comme celle-ci n'ai pas eu vocation à durer dans le temps. Pour preuve ces deux petites perles de Kazantzaki, auquel il convient de rajouter une excellente biographie "Nikos Kazantzaki, sa vie, son œuvre" de Colette Janiaud-Lust, parue chez François Maspéro en janvier 1970. Je vous invite à les découvrir chez vos libraires numériques...


6. La transition numérique à l'aune de Nikos Kazantzaki

La-Derniere-TentationLes semaines passées j'ai beaucoup lu la version numérique plutôt que la version ancienne imprimée de mon dernier livre de Nikos Kazantzaki. La raison en est ma mobilité durant cette période de fêtes, mais aussi les caractères trop petits. Ce dernier élément qui ne saurait être négligé assurément, le format numérique permet ce confort-là pour beaucoup je pense, une raison de plus pour souhaiter l'offre couplée un jour, qui sait.

En ce début d'année je poursuis mes lectures des livres de Nikos Kazantzaki, le cinquième donc, avec La Dernière Tentation. Paru en 1954 avec le scandale qu'il a soulevé à l'époque, c'est ce livre qui aura sans doute à la fois assuré la renommée internationale de Kazantzaki mais aussi sa condamnation définitive pour le Prix Nobel de littérature. Après le format numérique, je reviens à l'édition de poche parue dans la collection Babel il y a quelques années.

Avec ce livre de Kazantzaki qui a engendré tant de débats passionnés à sa sortie, comme à la sortie en salle du film de Martin Scorsese dans les années 80, c'est aussi l'occasion de revenir dix ans après sur ces fameux "livres enrichis", "livres augmentés", une terminologie que l'on a vu apparaître avec l'essor de l'iPad à sa sortie en 2010. Que cela nous parait loin aujourd'hui... La Dernière Tentation aurait évidemment pu faire partie de ceux-là. "Enrichir", "augmenter" les livres avec des appareils critiques, des photos, des illustrations, des extraits vidéos ou sonores, c'était le frémissement de ce nouveau marché à l'époque qui n'était pas sans rappeler celui des CD-Rom de la fin du siècle dernier, un nouvel eldorado potentiel qui s'ouvrait aux éditeurs. On connait la fortune des CD-Rom qui ont été balayés il y a une vingtaine d'années par l'essor très large du web.

Dix après, le constat est cruel, la mayonnaise n'a pas pris. Pourquoi les livres enrichis n'ont-ils pas eu le succès escompté? Ce n'est pas du côté des supports qu'il faut chercher tant l'offre des tablettes a été florissante, au moins pendant quelques années. Apple, puis Google avec l'environnement Android, ont largement développé l'offre, dans la continuité de celle des smartphones. Quelques éditeurs et groupes se sont lancés à l'époque en pionniers, tant dans la littérature jeunesse, les beaux-livres que dans les documentaires illustrés. Mais à l'inverse d'un livre numérisé ou décliné homothétiquement, les frais de tels livres sont importants, avec des savoir-faire qui ne sont pas chez les éditeurs.

Deux formats sont rapidement entré en concurrence, celui des applications avec des développements qui permettaient beaucoup de chose, celui du format ePub dans sa version 3 naissante qui a été porté exclusivement par Apple à ses débuts. Le désintérêt de Google a été criant au fil des années, les éditeurs comptant évidemment sur ce marché important. Autre acteur important, Amazon, qui avec un essai malheureux du côté des smartphones et tablettes, a rapidement jeter l'éponge, en est resté à son seul Kindle. Autre désillusion, du côté des prix publics. Là où un CDRom à l'époque pouvait être vendu sur un support physique 30€ voire plus, les prix ont été tirés rapidement vers le bas pour ces nouveaux livres. Impossible de vendre plus de 10€ et encore je suis généreux, c'est plutôt 5/7€ qui était le prix cible sur les stores. Avec une TVA à 20% et une commission de 30% à Apple, je vous laisse imaginer la rentabilité pour les éditeurs. Si elle est possible pour des bases de données du côté de l'édition professionnelle, elle était impossible en littérature générale qui repose sur une offre aux titres. Quand en plus, il était impossible de proposer des vitrines un peu présentables sur ces mêmes stores et qu'il fallait faire un sav permanent du catalogue pour suivre les évolutions techniques, la messe était dite. Exit les livres enrichis.

C'est bien dommage car il y avait aussi des pistes à explorer du côté de textes enrichis complémentaires, tous ces textes que l'éditeur ne peut pas intégrer dans des versions imprimées. C'était la proposition évoquée par Robert Darnton dans son excellent livre Apologie du Livre, paru en 2012, que je vous conseille, il n'a pas vieilli.

Est-ce que la situation pourrait changer dans les années à venir? Je ne pense pas. De l'eau à coulé sous ponts, l'offre vidéo est pléthorique aujourd'hui aussi bien du côté du gratuit sur le web que de l'offre streamée payante. En plus les tablettes sont devenues un peu has-been, le renouvellement du matériel ne se fait plus, les pratiques ont évoluées du côté des smartphones. Là où le livre avait un rôle à jouer dans la complémentarité, c'est fini. Les réflexes sont pris maintenant, le livre enrichi pour les éditeurs de littérature générale est resté sur le quai, l'histoire ne repassera pas les plats. C'est du côté de l'éducation désormais que les regards se tournent pour la suite...

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