Une autre stratégie éditoriale: le poche et le numérique d'abord

BlackwaterIntéressant contre-exemple de celui que j'avais développé en début de semaine autour de la publication des livres de H.P. Lovecraft chez Mnémos. En ce début d'été, les Éditions Monsieur Toussaint-Louverture ont choisi une toute autre approche éditoriale pour la publication de la série BlackWater de Michael McDowell. La similitude est assez frappante: littérature étrangère de titres anciens avec des traductions inédites, littérature populaire avec un lectorat relativement proche, même nombre de volumes. C'est aussi deux éditeurs indépendants qui publient déjà eux-mêmes des collections de poche sans recours aux éditeurs de poche traditionnels. Au contraire de Mnémos qui démarrait par la collection de prestige en souscription, Monsieur Toussaint-Louverture a choisi une stratégie à rebours, à savoir de commencer par la publication de la série au format de poche, avec les versions numériques (8,40€ pour les poches imprimés, 7,99€ pour les versions numériques sans DRM). Une stratégie risquée vu l'avalanche traditionnelle d'éditions de poche proposées en cette période avec le marketing rodé de la part des acteurs leaders du marché, bien difficile de se faire une place en librairies. "Dominique Bordes a fait un premier tirage audacieux à 100 000 exemplaires (avec un point d’équilibre à 48.000 exemplaires vendus, et ce fut un succès. Un bouche-à-oreille exponentiel, des premiers tomes rapidement en rupture de stock, beaucoup de relais sur les réseaux sociaux… Mi-juin, l’éditeur annonçait une réimpression de 160 000 exemplaires supplémentaires. À ce jour, 330.175 volumes ont été fabriqués." (voir Télérama).

Ce n'est assurément pas un hasard si l'éditeur a choisi cette stratégie, la calquant sur un format d'abonnement à la Netflix, comme une série, 250 pages par titre, 7/8€ tous les 15 jours; plutôt que de publier un énième pavé de l'été en grand format à 25€. Versant numérique, rappeler le clin d'œil habituel de l'éditeur en direction du piratage, qui figure en tête des volumes: "Monsieur Toussaint Louverture vous précise que ce livre est dépourvu de DRM. Vous l’avez peut-être acheté, peut-être pas. Toujours est-il que maintenant, vous n’avez plus qu’à le lire. Et s’il vous a plu une fois votre lecture achevée, prêtez-le à vos proches, à vos amis si vous en avez envie, partagez-le si vous pensez que c’est nécessaire, mais parlez-en."

Monsieur Toussaint-Louverture se réserve certainement ensuite la possibilité de faire paraître une édition collector de grande qualité en grand format (pourquoi pas avec des illustrations), on peut lui faire confiance sur ce point, il sait faire. Toujours cette chronologie du média en réflexion, intéressant de voir que ce sont les petits éditeurs indépendants qui s'en empare avec créativité, loin des machines bien huilées des grands groupes. Succès au rendez-vous pour les deux, avec des chemins différents; de quoi bousculer le ronronnement habituel des sempiternels best-sellers habituels.


Format numérique : quelle chronologie du média ?

LovecraftPassionnante aventure éditoriale que celle réalisée par les Éditions Mnemos pour la publication de l'intégrale des œuvres de H.P. Lovecraft, traduite et unifiée par un seul traducteur. C'est la levée de fond exceptionnelle, grâce au financement participatif de 5216 souscripteurs sur Ulule début 2018, qui aura permis la publication d'une édition de prestige sous coffret l'année dernière. À revoir les tenants et les aboutissants dans l'interview réalisée en fin d'année. Cette nouvelle traduction intégrale a été réalisée par David Camus, voir l'article de Diacritk. Depuis janvier dernier parait une nouvelle édition cartonnée en librairie, les trois premiers sont parus. On aurait pu s'attendre à a la sortie conjointe des versions numériques correspondantes. Elles seront en fait décalées de six mois chacune, la première paraîtra en septembre prochain avec une réduction substantielle de plus de 50% (9,99€ pour la version imprimée à 22€). Suivront les éditions de poche sans doute à partir de 2024 dans la collection Hélios, l'éditeur le confirme dans le cours de l'interview. Intéressant de revenir sur cette stratégie qui rejoint des questionnements qui s'étaient posés au démarrage du format numérique il y a quelques années et qui concerne la chronologie du média. Comment articuler la sortie du format numérique par rapport aux autres formats, grand format, poche?

Tout d'abord, la sortie conjointe avec l'édition grand format. Je ne reviendrais pas sur le cas très particulier de l'édition en souscription, il est bien évident que celle-ci est réservée aux souscripteurs, pas de diffusion hors de ce cadre-là; il semble d'ailleurs que les souscripteurs aient reçu gracieusement la version numérique en complément à l'époque. Le décalage chronologique entre la parution de la version grand format imprimé et la version numérique remet en lumière une question qui avait été soulevé au démarrage du marché au début des années 2010, je pense notamment chez Grasset. Celle-ci venant pourquoi pas plusieurs mois après, sans doute à mi-chemin avant la parution du poche. A l'époque, le format numérique exacerbait toutes les craintes. Sortir la version numérique tout de suite, n'étais-ce pas freiner, handicaper la diffusion de la version imprimée? Le modèle Amazon lancé précédemment aux États-Unis n'avait pas, malgré le dumping réalisé sur la version numérique, crée de baisse sur les versions en hard-cover. Force est de constater que la même chose s'est passé chez nous, même si l'érosion constaté au fil des années sur le grand format est sans doute plus dû à l'extension importante du poche. Depuis, rien ne semble devoir remettre en cause la parution concomitante du grand format et de la version numérique. De là cette relative surprise chez Mnémos pour l'Intégrale Lovecraft. L'éditeur semble vouloir zapper une telle sortie pour attendre six mois et proposer tout de suite une baisse de prix bien plus significative, équivalente à un format poche au catalogue Hélios. Intéressant, sans doute qu'en 2023/2024 le prix du format numérique baissera-t-il encore sous la barre du poche. On pourrait la résumer :

  • édition collector de prestige avec version numérique offerte.
  • édition grand format pour la librairie un an plus tard.
  • édition numérique six mois plus tard avec une réduction de plus de 50% à 9,99€.
  • édition poche un an/deux ans plus tard avec conjointe une baisse de prix de la version numérique à 5,99€.

Une chronologie du média assumée qui n'est pas sans rappeler celle des Éditions Bragelonne, eux-aussi dans le domaine de l'imaginaire. Chaque lecteur trouvant son compte, entre imprimé ou numérique, attendre ou prendre tout de suite. Peut-être que Mnémos, pour être tout à fait complet, aurait pu ajouter une version numérique intermédiaire à 11,99€ ou 12,99€ pour accompagner la sortie du grand format; sans doute beaucoup de lecteurs numériques frustrés cet été, ils devront patienter à l'automne.

Cette réflexion sur la chronologie du média livre me parait intéressante, fidéliser les lecteurs à une pratique compréhensible. Elle devrait guider d'autres éditeurs je trouve, plus que des actions de promotions opportunistes où les titres se révèlent noyés dans la masse et qui ne profitent bien souvent qu'aux enseignes anglo-saxonnes, la plus célèbre en tête.


Ulysse de James Joyce en version numérique

JoyceUlysses2Centenaire de la publication d'Ulysse de James Joyce hier, c'est l'occasion de mettre en valeur ce grand classique de la littérature du XXème siècle. Rappeler aussi qu'il est toujours absent au format numérique chez l'éditeur. Le site EbooksGratuits le propose heureusement depuis quelques années.

Il s'agit de la traduction de référence d'Auguste Morel revue par Valéry Larbaud, Stuart Gilbert et l'auteur lui-même, sortie en 1929 à la Maison des Amis des Livres d'Adrienne Monnier. Joyce "pléiadisé" en 1995 avec cette traduction, Gallimard en proposait une nouvelle en 2004, relançant évidemment ainsi les droits pour la maison. L'éditeur n'a rien juger bon de faire en cette année de centenaire...

Cent ans après sa sortie en langue anglaise en 1922, Ulysse de James Joyce est bien sûr dans nos biens communs avec l'ancienne traduction, téléchargeable librement pour tous les francophones. Une version réalisée avec le soin habituel qui caractérise nos amis québecois d'EbooksGratuits. Un considérable travail de numérisation et de corrections, près de 800 pages au total. A retrouver sur le site en deux volumes ici et ici.

Vicissitude de cette traduction: "Avant même que la traduction française sorte, en 1929, aux Amis du livre, Gaston Gallimard comprend qu'il a fait une grosse erreur en laissant filer ce livre. Il alterne lettres patelines et propositions fermes en direction d'Adrienne Monnier. Rien n'y fait. Mais, finalement, celle-ci, en proie à des difficultés financières, cède, en 1937. Au terme de longs marchandages, Gaston rachète Ulysse pour 22.000 francs (soit 12.000 euros d'aujourd'hui) et 5% des droits à Joyce. Comme avec Du côté de chez Swann de Marcel Proust, il récupère le stock restant et le recouvre de la célèbre couverture de la NRF. Joyce est "blanchi"" (via L'Express). Toutes éditions confondues, une bien belle affaire...

Je vous propose une version en un volume. Merci de télécharger parallèlement les versions d'EbooksGratuits pour saluer leur travail.

Téléchargement Joyce James-Ulysse

Si vous souhaitez la version originale en langue anglaise, je ne saurais trop vous conseiller l'excellente version chez PlanetEbook.


Liseuses : 10 conseils pour bien acheter en 2022

LiseusesLongtemps que je n'avais pas fait de mise à jour de ce billet qui reste toujours l'un des plus lus sur le blog. Malgré la fréquence très ralentie de mes posts, mon intérêt pour les liseuses n'a pas faibli malgré les années. Elles m'accompagnent toujours beaucoup au quotidien dans mes lectures.

Je ne reviendrais pas trop sur le sempiternel débat liseuses/tablettes/smartphones. Il semble désormais derrière nous. Les lecteurs ont bien compris. Les liseuses et les tablettes sont maintenant présentes dans nos usages de lecture, bien que depuis quelques années les tablettes semblent en net recul, elles ne sont pas forcément pas renouvelées; des ordinateurs hybrides sont en pleine ascension. Et puis les inévitables smartphones pour beaucoup bien sûr, les couteaux-suisses avec les applications dédiées. Depuis plusieurs années les grandes enseignes les proposent les unes et les autres, chacun a pu les prendre en main et comprendre les différences.

Si vous êtes gros lecteur, vous comprendrez sans doute rapidement que ce sont les liseuses sans rétro-éclairage qui procurent toujours et de très loin le plus de confort de lecture en toutes circonstances, que ce soit mobilité, autonomie, plein air et confort/fatigue visuelle.

Si vous avez compris qu'une liseuse est bien la "machine à lire" qu'il vous faut, laquelle choisir?

L'offre est importante, pas moins de 16 modèles disponibles en France chez 4 acteurs différents. Tous renouvellent régulièrement leurs gammes: Amazon(4), Bookeen(2), Kobo(6) et Vivlio/ PocketBook(4).

10 thèmes repérés pour vous donner mon propre sentiment:

  • la marque: la technologie des liseuses est mature aujourd'hui, tous les modèles proposés par les quatre marques sont robustes et éprouvés. Chez tous, efforts de design, de matières, d'ergonomie. Les petits problèmes de qualité ont été gommés peu à peu avec les nouveaux modèles et les mises à jour des firmware. Chaque marque propose des modèles avec la dernière technologie d'encre électronique au meilleur contraste, eInk Carta. Seul Amazon propose un environnement fermé avec des livres achetés au seul format d'Amazon. Même si le support de l'ePub va bientôt arriver, il n'y aucune polyvalence chez Amazon, exit les libraires, je déconseille.
  • le prix: un argument important pour ceux qui ne lisent pas trop, moins si vous êtes gros lecteur, vous amortirez votre choix rapidement. La fourchette est large entre 99€ et près de 400€ pour de grands modèles avec des utilisations semi-professionnelles. A mon avis, au-delà d'une quinzaine de livres par an, l'amortissement d'une liseuse est bien réel. Ne pas hésiter à regarder autour de 200/250€, cela vaut la peine pour un appareil que vous garderez longtemps, vous verrez. Croyez-moi, on observe bien souvent que l'acquisition d'une liseuse provoque rapidement des lectures en plus; les vacances d'été sont souvent le moment idéal pour commencer.
  • la taille de l'écran: les modèles 5 pouces compacts ont été abandonnés, c'est bien dommage, ils reviendront peut-être, complémentaires de nos écrans de smartphones, qui sait. Les modèles 6 et 6.8 pouces sont désormais les standards du marché. Pour les personnes souhaitant une mise en page plus grande (équivalente à un livre de poche) et avec un usage un peu moins nomade, je conseille de regarder attentivement les modèles un peu plus grands, 7.8 et 8 pouces. Ils apportent un vrai confort de lecture en plus, vous verrez. Pour PDF et BD/mangas, pas forcément un argument, tant les liseuses se révèlent assez décevante pour l'un et l'autre (hormis les très grands modèles bien sûr). Les amateurs, optez pour tablettes. Les liseuses, des machines à lire des romans/ essais au format ePub, ne pas oublier, c'est l'essentiel.
  • attendre la couleur?: j'ai répondu dans l'item précédent. Si vous voulez la couleur, pour l'instant ce sont les smartphones, tablettes et ordinateurs, avec l'inconfort d'une lecture immersive dans la durée que l'on connait tous. Un seul modèle eInk couleur chez Vivlio/PocketBook, encore un peu juste au niveau des contrastes, allez l'essayer par curiosité. La technologie sera réellement mature dans quelques années encore, patience.
  • l'éclairage intégré: pas forcément indispensable mais il est présent maintenant partout en standard. Si vous souhaitez lire le soir dans votre lit sans lampe de chevet, forcément indispensable. Sinon, une fonctionnalité que vous n'utiliserez pas forcément beaucoup, vous verrez, hormis dans des conditions d'éclairage difficile. Quoi que l'on dise, lumière du jour et lumière artificielle se font concurrence plus qu'autre chose, vous aurez vite tendance à zapper la deuxième au seul profit de la première. Surtout avec des écrans tous désormais en eInk Carta à l'excellent contraste.
  • le catalogue et l'écosystème: voir le premier point. L'offre de livres numériques en France est la même partout, le prix est le même partout garanti par la loi. Si vous souhaitez absolument acheter directement sur votre appareil, tous le propose, Amazon, Kobo, Bookeen et Vivlio/PocketBook (avec Decitre et Cultura). Cependant, je vous conseille d'acheter depuis votre ordinateur pour gérer votre bibliothèque personnelle. Comme dans le cas de la gestion de votre musique en MP3, télécharger rapidement avec un cable usb, c'est très pratique, bien plus efficace pour gérer l'ensemble de sa bibliothèque et échanger des livres en famille ou avec des amis quand cela est possible sans DRM. 228 éditeurs en proposent à ce jour, la liste ici. Sachez les repérer. Si vous y êtes sensibles ainsi que sur l'utilisation de vos données personnelles, optez pour les modèles les plus génériques et ouverts, chez Bookeen et Vivlio/ PocketBook. Ils sont idéals pour vos achats chez des libraires.
    A signaler aussi, le prêt numérique en bibliothèque qui commence à se développer dans de nombreuses villes en France. Vous pourrez lire gratuitement sur toutes les liseuses, exception faite de celle d'Amazon toujours du fait de son propre format.
    Il y a aussi une excellente offre de livres gratuits du domaine public, c'est ici.
  • le wifi/3G: wifi sur tous les modèles bien sûr, pour mettre à jour, acheter, mais aussi pourquoi pas accéder à des clouds personnels (Dropbox, PCloud, etc.) pour récupérer ses livres dans sa bibliothèque et s'éviter les cartes SD. Avec l'accès par ses favoris, cela marche très bien. Seul Amazon propose un modèle 3G en France. Intéressant si vous êtes sans aucun accès wifi autour de vous. Bien cher, sans grand intérêt dans les autres cas.
  • l'aspect pratique: lire chez soi ou en mobilité? Un point très important à l'usage. Quand lisez-vous le plus, transports, chez vous, week-end, vacances pépère, vacances à crapahuter? En transport, la taille et la légèreté sont des éléments très importants surtout pour les hommes qui ne disposent pas de grands sacs à mains. Chez soi, on pourra tout à fait privilégier des grands formats. Tout à fait comme la pratique de livres en grands formats ou au format de poche. Ne pas hésitez non plus à investir dans une pochette qui les protègent bien en déplacement. Protégez-les, vous les garderez longtemps, longtemps.
  • les autres usages que la lecture: pour moi très secondaire. Même si beaucoup vous proposent un écosystème avec des contenus que vous pouvez récupérer sur le web, des fonctionnalités que vous oublierez vite. L'audio reste l'exception et reste présent chez des modèles haut de gamme. Mais nous avons déjà tout ce qu'il faut avec smartphone et oreillettes. A retenir que les liseuses sont des machines à lire.
  • les prendre en main: fondamental pour moi. A chacun de juger, légèreté, taille, prise en main, écran d'accueil, navigation générale; absolument indispensable tant ces appareils touchent à une pratique intime, la lecture, le rapport affectif avec ces machines est très important, vous verrez à l'usage au bout de quelques semaines. Si vous aimez votre liseuse, vous l'aurez adopté et lirez de plus en plus avec.

Indispensable, à lire absolument: "Acheter un livre numérique? Pas plus compliqué qu'acheter un morceau de musique", c'est par ici.

Vous pourrez bien entendu retrouver tous mes tests depuis 2009 sur 56 modèles différents. Vous y trouverez aussi des petits détails qui peuvent vous intéresser, les réglages typographiques entre autres, un élément important à mon sens.

Petit conseil personnel, achetez vos livres numériques chez vos libraires indépendants s'ils proposent une offre numérique. C'est aussi chez eux qu'il sera le moins fait usage de vos données personnelles, c'est important. Si vous découvrez des livres sur leurs tables, leurs sites ou leurs Facebook/Instagram et autres, achetez-leur les livres au format numérique, les prix sont les mêmes partout, juste retour des choses, non?

Pour finir, ma liseuse, depuis des années maintenant, est la PocketBook InkPad 3 (sous la marque Vivlio en France). Je l'apprécie beaucoup pour son grand format et sa polyvalence. Mais j'en ai aussi plein d'autres à la maison que je prend de temps en temps.

N'hésitez pas à me laisser vos commentaires. Bon choix et surtout bonnes lectures cet été !


Problèmes téléchargements DRM Adobe : version ADE 3.0 indispensable

AdeNouveaux problèmes avec la DRM Adobe. Au fil des mises à jour de ADE (Adobe Digital Edition), les bugs sont toujours récurrents aussi bien avec les navigateurs qu'avec les liseuses de toutes marques. C'est souvent une vraie plaie pour le SAV chez les professionnels. Impossible hier d'accéder à des livres numériques en prêts, rien à faire. J'avais fait la bêtise en début d'année de télécharger la dernière version ADE 4.5. Hier, impossible de retrouver la seule version stable 3.0 sur le site d'Adobe, les liens sont morts. Encore une filouterie d'Adobe, la vigilance est décidément de mise.

En attendant qu'Adobe se fasse sonner les cloches par les professionnels (payeurs rappelons-le), voici les deux liens pour télécharger cette version ancienne 3.0, mais qui reste absolument indispensable pour tous les amateurs de livres numériques chez les libraires indépendants, comme pour le prêt numérique en bibliothèque.

https://t.co/sH5H1QOGFQ pour la version Windows.

https://t.co/FrsXDIrFN6 pour la version Mac.

Merci à la Bibliothèque Numérique de Paris pour son aide.


Joël Dicker fait le choix du sans DRM pour ses livres numériques

L-Affaire-Alaska-SandersIntéressante initiative de la part de Joël Dicker, qui publie aujourd'hui son nouveau roman "L'Affaire Alaska Sanders" sans DRM avec un seul tatouage numérique, sur les plate-formes des acteurs indépendants. C'est à mon avis la première fois qu'un auteur de grands best-sellers se lance dans une telle initiative. Joël Dicker a créé sa propre maison d'édition Rosie & Wolfe, autant dire bien sûr qu'il a les coudées franches pour ce choix. La distribution numérique semble être le fait de son distributeur Editis, dont beaucoup d'éditeurs indépendants distribués sont déjà sans DRM.

C'est intéressant d'autant plus que ces best-sellers sont les premiers livres à être piratés très rapidement, souvent dans la journée même de publication. S'il y avait une crainte de la part des groupes il y a dix ans au démarrage du marché, c'est un secret de polichinelle aujourd'hui. Jamais une quelconque DRM n'a empêché cette diffusion illégale, elle n'a aucune espèce d'influence sur les ventes. Ces verrous ne font que renforcer l'hégémonie propriétaire des grandes groupes anglo-saxons. Plus vertueux un tatouage numérique discret sur le fichier, véritable marque de confiance entre l'éditeur et le lecteur. Ce lecteur qui peut disposer du fichier dans son entourage proche comme il le ferait avec un livre imprimé. Succès donc au nouveau livre de Joël Dicker chez les libraires indépendants, qui viendra peut-être écorner cette plaie des DRM et relancer un débat qui semble au point mort aujourd'hui.


8. La transition numérique à l'aune de Nikos Kazantzaki

Nikos-kazantzakiHuitième et dernier billet de cette chronique aujourd'hui. La lecture des livres de Nikos Kazantzaki m'aura accompagné ces deux derniers mois, pour parler aussi de la transition numérique du livre depuis dix ans. Il me reste quelques livres récemment parus aux Editions Cambourakis dont un inédit L'Ascension qui parait ce mois-ci (comment ne pas leur rendre hommage avec de magnifiques grands formats et poches), aussi Le Pauvre d'Assise, les volumes de récits de voyages et de théâtre, jamais réédités depuis plus de 30 ans. Immense écrivain, pour moi l'un des tout premiers du XXème siècle, bien oublié aujourd'hui dans notre pays. Allez voir, vous ne serez jamais déçu, sincèrement autre chose que Houellebecq vous pouvez me croire...

Nikos Kazantzaki est bien symptomatique du désœuvrement de l'édition littéraire française où des pans entiers de fonds d'éditeurs ne sont plus réédités (surtout en littérature étrangère d'ailleurs); le seul marché de l'occasion encore pour un temps en bouée de sauvetage, jusqu'à quand d'ailleurs entre la dégradation des livres et les spéculations au fur et à mesure à renfort de robots automatisés chez certains acteurs prédateurs... L'espoir du format numérique pour pérenniser des catalogues sera resté un vœu pieu. Entre le désherbage des imprimés et le numérique absent pour cause de modèle réellement satisfaisant, le constat est là aujourd'hui dans les bibliothèques. Pour Kazantzaki il faudra sans doute attendre 2028 et son entrée dans le domaine public pour voir une édition de ses œuvres complètes; mais pour tant d'autres.

Tous ces livres lus sous trois formats de manière à peu près égale à l'arrivée, entre grand format, poche et numérique. L'offre numérique aurait été plus présente, je l'aurais sans doute privilégié par rapport au poche. C'est bien la liberté du lecteur de choisir comment il souhaite accéder à un texte, neuf, occasion, bibliothèque, imprimé, grand format, poche, audio, numérique. J'ai trop vu toutes ces années un débat manichéen, binaire, que j'ai toujours jugé complètement stérile. Rajouter le format numérique n'a pas tué quoi que ce soit, il aura donc fallu attendre dix ans pour s'en rendre compte; les grands discours lyriques, enflammés, sur le thème de "sauver le livre" se sont révélés d'aimables âneries, enfouis désormais dans les limbes des bibliothèques et archives audio-visuelles.

Cette petite chronique m'aura permis d'explorer la situation aujourd'hui d'un livre numérique qui reste en jachère sur beaucoup de points que je peux synthétiser ainsi:

une offre commerciale des nouveautés qui, si elle est désormais bien ancrée, reste insatisfaisante sur la question des DRM et des prix élevés. Rien n'a bougé en dix ans. Les seuls acteurs GAFA restent les grands vainqueurs dans leurs environnements propriétaires respectifs. La mutualisation des libraires espérée n'a pas fonctionné, ces derniers jugeant sans doute que les priorités étaient ailleurs. C'est un peu la situation du poche que l'on revit, les libraires ont mis de nombreuses années avant de considérer ce format comme étant digne d'être accueilli sur leurs tables et leurs rayonnages. C'est du côté de l'offre couplée qu'il serait nécessaire d'avancer, avec de réelles opportunités pour les librairies indépendantes. Imprimé et numérique dans leur complémentarité mérite aujourd'hui d'être considéré.

— une offre en streaming qui, je pense, ne risque pas beaucoup d'évoluer sur la littérature générale. On sait bien que ce sont les nouveautés qui sont indispensables pour susciter le réel intérêt des lecteurs. Un acteur français Youboox racheté il y a quelques semaines par un groupe étranger, des opérateurs qui suivent de près, les acteurs GAFA eux-aussi à l'affut évidemment qui pourraient joindre l'offre à leurs abonnements respectifs. Bref, une situation qui écarterait encore plus les acteurs indépendants. On le voit dans la bande dessinée numérique.

— une offre en bibliothèque très insatisfaisante, c'est là je trouve que les déceptions sont les plus grandes. Les fonds Gallica et Relire restent complétement invisibles dans les bibliothèques. D'autre part, les modèles économiques ne conviennent pas pour les collectivités, impossible de constituer un fonds suffisant de livres numériques avec une masse critique suffisante pour les lecteurs. On le voit à l'échelle du Québec ou de la Belgique, le maître-mot reste la mutualisation de l'offre.

Je ne voudrais pas rester sur un constat trop négatif. Les lecteurs attendent des promos, se débrouillent comme ils peuvent, contournent les difficultés. Le format numérique avance malgré les barrières qu'on lui met, preuve de sa réelle nécessité aujourd'hui dans les usages de lecture (les mois de confinement à répétition ces dernières années l'on aussi montré). Dans un temps long qui est celui du livre, il aura finalement progressé très vite en dix ans, c'est paradoxalement bon nombre de professionnels qui ont du mal à suivre dans cette complémentarité évidente aujourd'hui.

[Tous les billets de cette chronique sont ici].

Entre désherbage en bibliothèque et spéculation de l'occasion, urgence...

Kazan

P.S. : vous pourrez trouver tous les livres de Nikos Kazantzaki sur Library Genesis/ Library Z.

Kaza


7. La transition numérique à l'aune de Nikos Kazantzaki

CoverSeuls deux livres de Nikos Kazantzaki sont disponibles dans l'offre numérique légale, Ascèse et Le Jardin des rochers, tous les deux au travers du dispositif de numérisation des livres indisponibles Fenixx/Relire. Ces deux titres ont été publiés directement en français par l'auteur, sans traducteurs. Ils ont sans doute été autorisés par les ayant-droits de Kazantzaki. Les autres livres de l'auteur sont écartés du dispositif comme tous les auteurs étrangers. Au moment de les lire tous les deux, c'est l'occasion de revenir sur ce dispositif Relire tant décrié à sa sortie et mesurer la situation aujourd'hui.

Créé à partir de 2014, ce dispositif se proposait de numériser et proposer chez les revendeurs des livres parus avant le 1er janvier 2001 et qui n'étaient plus commercialisés chez les éditeurs. Les auteurs et ayant-droits pouvaient s'opposer à tout moment, les livres finalement retenus entrants dans le cadre d'une gestion collective. Porté par la BnF, la numérisation a concerné plus de 200.000 livres, qui sont aujourd'hui disponibles sur les plate-formes. Les numérisations ont été arrêtées, seule la maintenance continue: "Suite à la décision du Conseil d’État du 7 juin 2017 au sujet du dispositif de réédition électronique des œuvres indisponibles du XXe siècle, la BnF n’assure plus désormais que la maintenance du registre ReLIRE. Ce dernier signale l’ensemble des œuvres en gestion collective et permet notamment l’identification des œuvres faisant l’objet de licences d'exploitation délivrées par la Sofia." On a tellement craché sur ce dispositif (comme sur tant de dispositifs interprofessionnels d'ailleurs, sans jamais sourciller sur les GAFA, bizarre non?) que je n'y reviendrais pas ici, le dossier est clos.

Aujourd'hui, c'est le seul marché de l'occasion dérégulé qui permet de garder une trace de ces livres. Depuis 5 ans maintenant, celui-ci s'est considérablement fortifié avec l'arrivée d'acteurs "industriels" qui ont mis en place de nouvelles méthodes de massification, de spéculations inédites avec notamment des robots comparateurs de prix. Tous les acteurs historiques du livre d'occasion reconnaissent que la concurrence s'avère déloyale désormais sur les plate-formes, les excluant de facto du marché en ligne. Quand on rajoute le désherbage massif en bibliothèques de ces livres, il devient difficile de se les procurer, aussi bien en bibliothèque que sur les réseaux, ils sont bien souvent à des prix de plus en plus prohibitifs. Et la situation risque évidemment de ne pas s'améliorer dans les années à venir, quand vous rajouter également la faible qualité du papier pour quasiment la totalité d'entre eux. Le temps fait son œuvre...

Il est certain qu'à moyen terme (une décennie, deux?), l'accès va devenir très difficile, voire impossible pour nombre d'entre eux. Ils disparaitront sans doute complètement de notre patrimoine éditorial, à moins bien sûr que des éditeurs ne s'intéressent à certains. Mais combien, une petite dizaine par an? Le rapport est bien dérisoire. C'est bien peu à l'échelle de la production éditoriale de la fin de XXème siècle. C'est aussi un véritable désastre pour des catalogues entiers d'éditeurs qui ont disparus, la liste des défaillances est considérable du côté de l'édition indépendante, notamment littéraire.

À l'heure où l'on parle de réguler le marché du livre d'occasion, il est dommage qu'une véritable alternative comme celle-ci n'ai pas eu vocation à durer dans le temps. Pour preuve ces deux petites perles de Kazantzaki, auquel il convient de rajouter une excellente biographie "Nikos Kazantzaki, sa vie, son œuvre" de Colette Janiaud-Lust, parue chez François Maspéro en janvier 1970. Je vous invite à les découvrir chez vos libraires numériques...

[Tous les billets de cette chronique sont ici].


6. La transition numérique à l'aune de Nikos Kazantzaki

La-Derniere-TentationLes semaines passées j'ai beaucoup lu la version numérique plutôt que la version ancienne imprimée de mon dernier livre de Nikos Kazantzaki. La raison en est ma mobilité durant cette période de fêtes, mais aussi les caractères trop petits. Ce dernier élément qui ne saurait être négligé assurément, le format numérique permet ce confort-là pour beaucoup je pense, une raison de plus pour souhaiter l'offre couplée un jour, qui sait.

En ce début d'année je poursuis mes lectures des livres de Nikos Kazantzaki, le cinquième donc, avec La Dernière Tentation. Paru en 1954 avec le scandale qu'il a soulevé à l'époque, c'est ce livre qui aura sans doute à la fois assuré la renommée internationale de Kazantzaki mais aussi sa condamnation définitive pour le Prix Nobel de littérature. Après le format numérique, je reviens à l'édition de poche parue dans la collection Babel il y a quelques années.

Avec ce livre de Kazantzaki qui a engendré tant de débats passionnés à sa sortie, comme à la sortie en salle du film de Martin Scorsese dans les années 80, c'est aussi l'occasion de revenir dix ans après sur ces fameux "livres enrichis", "livres augmentés", une terminologie que l'on a vu apparaître avec l'essor de l'iPad à sa sortie en 2010. Que cela nous parait loin aujourd'hui... La Dernière Tentation aurait évidemment pu faire partie de ceux-là. "Enrichir", "augmenter" les livres avec des appareils critiques, des photos, des illustrations, des extraits vidéos ou sonores, c'était le frémissement de ce nouveau marché à l'époque qui n'était pas sans rappeler celui des CD-Rom de la fin du siècle dernier, un nouvel eldorado potentiel qui s'ouvrait aux éditeurs. On connait la fortune des CD-Rom qui ont été balayés il y a une vingtaine d'années par l'essor très large du web.

Dix après, le constat est cruel, la mayonnaise n'a pas pris. Pourquoi les livres enrichis n'ont-ils pas eu le succès escompté? Ce n'est pas du côté des supports qu'il faut chercher tant l'offre des tablettes a été florissante, au moins pendant quelques années. Apple, puis Google avec l'environnement Android, ont largement développé l'offre, dans la continuité de celle des smartphones. Quelques éditeurs et groupes se sont lancés à l'époque en pionniers, tant dans la littérature jeunesse, les beaux-livres que dans les documentaires illustrés. Mais à l'inverse d'un livre numérisé ou décliné homothétiquement, les frais de tels livres sont importants, avec des savoir-faire qui ne sont pas chez les éditeurs.

Deux formats sont rapidement entré en concurrence, celui des applications avec des développements qui permettaient beaucoup de chose, celui du format ePub dans sa version 3 naissante qui a été porté exclusivement par Apple à ses débuts. Le désintérêt de Google a été criant au fil des années, les éditeurs comptant évidemment sur ce marché important. Autre acteur important, Amazon, qui avec un essai malheureux du côté des smartphones et tablettes, a rapidement jeter l'éponge, en est resté à son seul Kindle. Autre désillusion, du côté des prix publics. Là où un CDRom à l'époque pouvait être vendu sur un support physique 30€ voire plus, les prix ont été tirés rapidement vers le bas pour ces nouveaux livres. Impossible de vendre plus de 10€ et encore je suis généreux, c'est plutôt 5/7€ qui était le prix cible sur les stores. Avec une TVA à 20% et une commission de 30% à Apple, je vous laisse imaginer la rentabilité pour les éditeurs. Si elle est possible pour des bases de données du côté de l'édition professionnelle, elle était impossible en littérature générale qui repose sur une offre aux titres. Quand en plus, il était impossible de proposer des vitrines un peu présentables sur ces mêmes stores et qu'il fallait faire un sav permanent du catalogue pour suivre les évolutions techniques, la messe était dite. Exit les livres enrichis.

C'est bien dommage car il y avait aussi des pistes à explorer du côté de textes enrichis complémentaires, tous ces textes que l'éditeur ne peut pas intégrer dans des versions imprimées. C'était la proposition évoquée par Robert Darnton dans son excellent livre Apologie du Livre, paru en 2012, que je vous conseille, il n'a pas vieilli.

Est-ce que la situation pourrait changer dans les années à venir? Je ne pense pas. De l'eau à coulé sous ponts, l'offre vidéo est pléthorique aujourd'hui aussi bien du côté du gratuit sur le web que de l'offre streamée payante. En plus les tablettes sont devenues un peu has-been, le renouvellement du matériel ne se fait plus, les pratiques ont évoluées du côté des smartphones. Là où le livre avait un rôle à jouer dans la complémentarité, c'est fini. Les réflexes sont pris maintenant, le livre enrichi pour les éditeurs de littérature générale est resté sur le quai, l'histoire ne repassera pas les plats. C'est du côté de l'éducation désormais que les regards se tournent pour la suite...

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5. La transition numérique à l'aune de Nikos Kazantzaki

ChristPoursuite de mes lectures de l'œuvre de Nikos Kazantzaki avec Le Christ recrucifié publié en 1954. Après le succès de Zorba, d'autres traductions de ses livres ont suivi en France avec succès, repris de nombreuses fois en poche au fil des années. Puis les éditions se sont arrêtés, allez donc comprendre. En remettant le nez dans des cartons récemment je me suis même rendu compte que ce Christ recrucifié figurait dans un polycopié de livres à lire, de mon professeur de français en classe de seconde. Onze titres de littérature étrangère seulement, je vous les donne: Constantin-Meyer, Un homme se penche sur son passé; Cronin, Les Clés du Royaume; Greene, La Puissance et la gloire; Hemingway, Pour qui sonne le glas; Kazantzaki, Le Christ recrucifié; Miller, Les Sorcières de Salem; Paton, Pleure ô payas bien-aimé; Remarque, A l'ouest rien de nouveau; Sienkiewicz, Quo vadis?; Steinbeck; Les Raisins de la colère; Wells, La Guerre des mondes. C'est dire si Kazantzaki entrait dans les classiques du XXème siècle à l'époque.

Lecture moitié en numérique (la version récupérée semble de qualité), moitié en imprimé avec une édition d'époque, les caractères très petits, équivalent à une Pléiade. Entre mobilité et mon domicile, observer au cours de sa lecture, ce qui change de lire en numérique. La perte des repères spatiaux certes mais ils s'effacent peu à peu, ils prennent moins d'importance, la concentration sur le texte seul, l'essentiel. Est-ce que leur perte est essentielle? Une écume, des petits apartés qui font appel à notre mémoire spatiale, sans trop grande conséquence je pense sincèrement, le bonheur du texte s'accroche à bien autre chose dans notre cerveau.

Confronter imprimé et numérique, c'est l'occasion de revenir sur une proposition au point mort depuis dix ans. Celle de pouvoir disposer d'une version numérique à petit prix quand on achète la version imprimée. Une proposition logique pour des lecteurs à la fois attachés à l'imprimé et souhaitant disposer d'une version numérique pour partir en vacances ou plus globalement dans les transports. Aussi l'occasion de ne pas abimer le livre imprimé, tout le monde aura fait l'expérience d'une édition grand format qui aura souffert de lectures nomades. L'occasion aussi de donner un vrai coup de pouce aux librairies physiques, tant le numérique est impossible à incarner dans l'espace physique. On se rappelle du naufrage des bornes, que cela parait loin derrière nous aujourd'hui.

En 2011 comme aujourd'hui, impossible de proposer cette offre couplée, la loi sur le prix unique ne le permet pas. Impossible de vendre la version numérique à un prix réduit si elle est liée à l'achat d'un autre livre. La seule solution serait que les éditeurs proposent dans leurs catalogues une autre version couplée (imprimée et numérique), un nouveau produit, un nouvel ISBN avec un autre prix. Bien lourd, bien difficile à mettre en place. J'en avais parlé à l'époque avec Hervé Gaymard, le député qui avait porté la loi sur le livre numérique. Il pensait que c'était l'adaptation suivante de la loi, accompagner au plus proche les évolutions technologiques et aussi porter le marché dans les librairies physiques. Depuis rien n'a bougé...

La gestion de l'offre couplée, c'est aussi le symptôme de l'échec complet des réflexions interprofessionnelles sur le sujet du numérique, le suivisme des grands acteurs GAFA, sans plus, le service minimum proposé par les éditeurs. Est-ce que l'offre couplée est définitivement condamnée? Il y a eu quelques adaptations pour les dictionnaires notamment, où la version numérique est proposée gratuitement avec l'imprimé, une suite logique du CD ou de la clé USB, mais ce sont des propositions très à la marge. Je pense que l'offre couplée est définitivement condamnée, elle ne sera jamais porté par les libraires indépendants, c'était eux qui étaient les plus à même de la revendiquer en complément d'un livre imprimé vendu, une possibilité supplémentaire de revenus associés. Peut-être reste-t-il un semblant d'ouverture possible avec le livre audio? J'en doute fortement.

Aujourd'hui nous commençons à entendre parler d'offres d'abonnement en streaming plus ou moins étendues, la fracture avec l'imprimé semble bien définitivement consommée. Imprimé et numérique, chacun de son côté, en être réduit quand on achète le livre imprimé de pirater son avatar numérique pour ne pas avoir à le racheter une deuxième fois au prix fort, avec toujours les mêmes restrictions d'usage évidemment...

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Le piratage du Houellebecq: la manipulation est certaine

AneantirDécidément l'excitation est vive sur le piratage du prochain Houellebecq Anéantir. La presse relaye largement ce matin via l'AFP, je suis cité d'ailleurs, Sud-Ouest, BFM, Capital, le Figaro, Ouest-France..

Un détail qui m'avait échappé dans mon précédent billet hier et qui évacue complètement les suspicions sur les journalistes qui ont reçu le livre imprimé vendredi dernier : l'ISBN est incomplet au début du fichier et le dépôt légal de novembre 2021 (alors que la mention dans l'imprimé définitif sera de janvier 2022) à la fin, prouvent bien qu'il s'agit assurément d'une version intermédiaire qui a fuité, sans doute en octobre, peut-être même avant. Fichier PDF ou sortie imprimante, peu important, la fuite est bien de longue date. Cette divulgation quelques jours après le service de presse est là pour noyer le poisson, plus grave elle discrédite les journalistes eux-mêmes. On revient à un scénario proche de celui de Soumission en 2014, sur des bonnes feuilles. Il y a sans doute encore des coquilles dans cette version, elle ne correspond sans doute pas au bon à tirer définitif du livre.

La communication du texte d'un tel livre-événement est extrêmement encadrée dans la chaine éditoriale, je connais parfaitement les rouages, l'ayant moi-même pratiqué à l'époque. Le compositeur a transmis le fichier au service de fabrication, via un serveur sécurisé. Aucune version imprimée sans doute à ce stade. Puis ce PDF a circulé de manière très sélective (pas de mail, sans doute un accès sur un serveur sécurisé en interne avec des authentifications restreintes), l'éditeur, la direction générale, le directeur juridique, le service de presse (et encore, pas sûr, la presse ayant été débranchée depuis le début), l'agent de Houellebecq et Houellebecq lui-même pour les corrections et le bon à tirer final. Les sorties imprimantes sont extrêmement contrôlées elles-aussi, à ce stade, vous le pensez bien, des versions non imprimables du fichier sans doute réalisées de manière sélective. Flammarion, à cette heure, sait parfaitement quelle version a réellement fuité et les personnes concernées. Il y a de toute façon une manipulation quelque part. J'espère que Flammarion publiera rapidement un communiqué pour lever le doute sur les journalistes qui ont reçu le livre vendredi dernier.

Il est très étonnant que l'on retombe une nouvelle fois comme par hasard sur Michel Houellebecq sept ans après et non pas sur Ken Fowlett, Marc Lévy, Guillaume Musso ou d'autres, Christine Angot chez le même éditeur Flammarion d'ailleurs. Impensable de penser à une stratégie quelconque chez Madrigal évidemment. En tout cas un joli buzz pour pas cher à quelques semaines de la parution. De quoi alimenter les conversations devant la buche des réveillons. Cette affaire n'est pas sans me rappeler la stratégie de Paulo Coelho à l'époque, sans doute au grand dam de son éditrice Anne Carrère. Vous relirez mes billets fin 2009 et 2012, une éternité... Alors, Michel Houellebecq l'égal de Paulo Coelho? On peut au moins se poser la question, surtout quand on connait l'art de la manipulation chez Houellebecq...

PS: Comment détecter une telle fuite? Assez simple finalement. Il aurait suffit à Flammarion de préparer 5 ou 6 fichiers différents chez le compositeur, avec une coquille soigneusement différente dans chaque version divulguée, parfaitement indétectable. Puis dépôt sur le serveur aux personnes concernées. Cela aurait-été un jeu d'enfant de repérer ensuite quelle version était en cause...

Une question aussi. Pourquoi le fichier est apparu trois jours après le service de presse du vendredi 17 décembre et non pas bien avant? Comment le "pirate" était-il au courant de ce service de presse? Un timing bien étrange...


Anéantir de Houellebecq déjà piraté, un grand remake...

AneantirLe prochain livre de Houellebecq Anéantir est déjà très largement piraté sur les réseaux. Il n'aura fallu que quelques jours. Environ 600 journalistes avaient reçu ce vendredi 17 décembre un exemplaire imprimé de ce livre-évènement, accompagné d'une courtoise injonction : "Par respect pour les lecteurs qui ne le trouveront pas avant (le 7 janvier en librairie NDLR), nous vous demandons très solennellement de bien vouloir respecter l'embargo fixé au jeudi 30 décembre 2021".

La digue n'aura pas tenue trois jours... Hier, une version numérique au format PDF est apparue à quelques heures de différence sur plusieurs sites de partage bien connus. Un PDF de qualité, scanné et océrisé avec le logiciel AbbyFinereader si l'on regarde en détail le fichier, une version ePub a même été décliné. Flammarion questionné par Le Point dément avoir diffusé de quelque manière que ce soit une version numérique, ce serait bien un scan de l'imprimé qui serait à l'origine du piratage. La presse relaye largement aujourd'hui comme Le Parisien, Atlantico, Le Soir...

Le piratage de Houellebecq, un grand classique, on se rappelle du précédent qui avait défrayé la chronique à l'époque pour Soumission en décembre 2014, lui aussi piraté avant la publication. C'était une première à l'époque, relire mon billet ici. Au final, on a jamais rien su sur le pourquoi du comment. Une chose est sûre, il semblerait que cela n'ait eu aucune espèce d'influence sur les ventes.

7 ans déjà, l'occasion de voir ce qui a changé. La qualité de la version d'abord : à l'époque il s'agissait du scan image d'un jeu d'épreuves destiné à la presse. Aujourd'hui c'est bien mieux, à partir du livre imprimé, le fichier est d'une qualité professionnelle de numérisation, on peut même faire de la recherche sur le PDF. Les universitaires et chercheurs peuvent commencer à travailler avant la parution du livre, avouez que c'est inédit. Dans le mode de diffusion ensuite, à l'époque c'était sur les réseaux torrents. Terminé aujourd'hui, c'est le téléchargement direct sur des serveurs distants qui est proposé, signe des temps. Flammarion va sans doute essayé de contenir le phénomène en demandant le retrait sur les sites de partage, mais c'est plié, tant aujourd'hui les relais se font entre les sites. Eteindre un incendie avec un verre d'eau...

Le comble est quand même que la presse a l'interdiction de parler du livre avant le 30 décembre prochain, ça va être long dans la presse-papier. Une question encore, est-ce que le livre sera proposé au format numérique chez Flammarion?

PS: la suspicion sur les journalistes doit être levée, lire mon billet du lendemain.


Rencontres nationales du livre numérique accessible : jeudi 20 janvier 2022

VisioTrès heureux d'intervenir aux prochaines "Rencontres nationales du livre numérique accessible" qui auront lieu le jeudi 20 janvier 2022 à l'initiative de l'Enssib, Auvergne-Rhône-Alpes Livre et lecture et BrailleNet. Pour cause de crise sanitaire, l'événement ne se fera à l'Enssib mais en ligne, les inscriptions sont sur le site de l'Enssib ici et sur BailleNet ici. Mon exposé portera sur le thème "Le livre numérique nativement accessible – un levier stratégique pour les acteurs de la chaîne du livre". Beaucoup de choses à dire sur le sujet. J'avais délaissé depuis longtemps les différentes rencontres professionnelles autour du numérique, tant il ne se disait plus grand chose d'intéressant, langue de bois et compagnie comme on dit... Je remercie les organisateurs d'avoir pensé à moi sur un sujet pareil autour de l'accessibilité, faire une synthèse de mon expérience du secteur entier et de celle plus concrète avec Mobidys, sur le terrain depuis plus de deux ans. Les enjeux immenses, les chantiers à venir s'annoncent passionnants.


4. La transition numérique à l'aune de Nikos Kazantzaki

Rapport-au-GrecoCe Liberté ou la mort a été un magnifique moment de lecture. L'amateur éclairé qui a numérisé le livre est à saluer (si vous voulez la version en question, je me ferais un plaisir de vous la procurer discrètement). Près de 600 pages dévorées en quelques jours seulement, le format numérique ne change rien, quand le livre est excellent, l'accès et le plaisir du texte reste absolument le même qu'avec l'imprimé. Sincèrement j'ai beau chercher...

Après l'imprimé en grand format, la version numérique, maintenant le poche dans ce nouveau billet autour des livres de Nikos Kazantzaki que j'ai entrepris de lire dans leur totalité. Pour ce troisième livre, une pause dans l'œuvre romanesque avec le Rapport au Greco, rédigé un an avant la mort de Kazantzaki, et qui retrace son parcours intellectuel. Dans la traduction de Michel Saunier parue dans les années 50, j'ai choisi le format poche chez Actes Sud dans la collection Babel. Je n'ai pas jugé satisfaisante la version numérique que j'ai trouvé, de nombreuses fautes, elle n'a pas été soigneusement relue, la version grand format chez Cambourakis trop chère et surtout trop volumineuse pour mes étagères déjà bien remplies. Je n'ai jamais été un grand amateur du format de poche, très peu de livres lus dans ce format finalement au fil des années. Ma mère libraire sans doute, qui m'a donné le goût des beaux livres, le poche n'était absolument rien pour elle, aucun à la maison. J'ai toujours privilégié les livres parus en grand format, hormis quelques exceptions, je pense aux collections inévitables comme Idées, L'Imaginaire chez Gallimard, l'Évolution de l'Humanité chez Albin Michel, 10-18 bien sûr, aux Jack London chez Libretto et puis des collections de livres de fantastique et de science-fiction quand j'étais plus jeune. Beaucoup ont été donné, prêtés et pas rendus, ou se sont perdus au fil des déménagements; une juste situation pour des livres que je n'ai jamais vraiment compté garder dans ma bibliothèque, déjà bien trop remplie.

Bon, je ne vais pas vous faire des tartines sur la lecture de livres de poche. Un bémol cependant, les caractères un peu petits de temps en temps, surtout pour de gros volumes ce qui est le cas ici. Certains auront un peu de mal, le format numérique possède un grand avantage.

Le format numérique, c'est un format qui se rapproche beaucoup du format poche. L'accès par le prix bien sûr, mais aussi une typographie relativement normalisée, des marges réduites, une proximité sur les dimensions de l'écran des liseuses, moins de prégnance de l'objet avec une qualité plus faible de l'imprimé. Des livres plus communs, destinés à être aussi plus facilement partagés. Je pense que les lecteurs l'ont bien perçu quand on voit le succès du format numérique chez les grands lecteurs de collections populaires en poche, je pense aux amateurs de romance, de polars, de thrillers, de fantasy, d'érotisme, traditionnellement de grands lecteurs au format de poche. Les études l'ont déjà montrées, le numérique a été adopté par les grands lecteurs, beaucoup partagent largement numérique et poche aujourd'hui. Parler du livre de poche, c'est rappeler le vecteur extraordinaire qu'il a représenté pour des générations de lecteurs depuis les années 60. Un accès très large avec des petits prix, des collections populaires auprès des plus jeunes qui sont devenus grands. Le phénomène se poursuit aujourd'hui, démultiplié avec les facilités pour trouver des livres d'occasion encore moins chers, les sites internet, les vide-greniers.

Aborder le format de poche, c'est reparler de la politique du poche par rapport au format numérique depuis dix ans. C'était la grande peur des éditeurs (des groupes), que le format poche décroche par rapport au format numérique. Pas question de ne pas pratiquer une politique ultra-défensive, tant le format poche est rentable avec des couts de composition et de fabrication réduits, des droits d'auteurs réduits eux-aussi, des tirages importants, des réimpressions elles-aussi courtes et rentables. Alors les éditeurs de poche s'y sont employés avec une entente (qui n'est pas dite bien sûr) sur la question, des prix du numérique au mieux alignés sur les prix des poches (comme Folio), avec un différentiel de 20% supérieur chez Editis, Hachette et d'autres, voire au pire un prix du numérique qui reste identique au prix quand la nouveauté grand format est parue. Comment ne pas comprendre l'incompréhension des lecteurs? On pensait qu'il s'agissait d'un phénomène transitoire d'adaptation. Dix ans après la situation est la même. Bien sûr les éditeurs se sont engouffrés dans les promotions possibles écoutant les sirènes d'Amazon, les lecteurs réduits à fouiller de tant en tant pour trouver leur bonheur comme dans les solderies en quelque sorte.

Dix ans après, la situation du poche est toujours très bonne comme l'on révélé les derniers chiffres du secteur. Le poche aurait-il "décroché" sans cette politique de prix des éditeurs? Il est certain que cela aurait rendu le format numérique plus attractif mais cela n'aurait sans doute changé fondamentalement la donne. Le poche dispose d'une attractivité inhérente et surtout d'une visibilité, d'une présence très importante dans les librairies (sans parler des relais de gares et des grandes surfaces bien sûr). Quand on regarde les rayons des libraires justement - même de premier niveau-, le constat est là. Il y a encore quelques années, de nombreux livres de fonds, des classiques étaient toujours proposés en grand format. C'est fini désormais, le poche envahit tout. Le grand format, quand il n'est pas nouveauté, quitte les librairies, il n'y reviendra pas je pense, la cause est entendue (il partira pilon, stock, à la demande plus sûrement demain). Des rayons entiers sont plus des pochothèques qu'autre chose, regardez bien. Avec des prix de ports réévalués à la hausse bientôt sur internet, l'attractivité du poche va rester très importante dans les librairies, le présence du poche va sans doute encore se renforcer. Avec les problématiques de rotation plus importante, de marges réduites. Un casse-tête je pense. Et puis à l'heure d'une plus-value réelle du libraire, quel intérêt pour un lecteur finalement, de découvrir des poches en librairie? Excepté les nouveautés, plus que des poches demain dans les librairies? Côté éditeurs des problématiques aussi. Pour les plus petits, comment être visibles par rapport aux mastodontes et leurs politiques agressives pour conquérir les tables? Les livres de poche sont aussi des livres qui se dégradent vite dans les stocks, ils ne peuvent devenir des livres de fonds, des contraintes sur les tirages et la rotation. Une impression à court tirage sans doute, mais à la demande guère envisageable pour l'instant, demain peut-être. En tout cas le frottement entre le poche et le numérique va devenir plus intense sur des livres plus confidentiels, est-ce un mal?

Je continuerais à développer d'autres aspects du poche par rapport au numérique dans des prochains billets, notamment du côté de la chronologie du média et de l'achat groupé. Mes lectures de Kazantzaki se poursuivent, avec le même bonheur, grand format, numérique, poche...

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3. La transition numérique à l'aune de Nikos Kazantzaki

LbmortSecond livre de Nikos Kazantzaki que j'ai décidé de lire, La Liberté ou la mort, publié quelques années après Alexis Zorba, en 1950, un roman historique imposant de plus de 600 pages. Le seul roman qui est disponible au format numérique, Le Jardin des Rochers, est dans le fond Fenixx de réédition numérique (pourquoi pas les autres?), signe du désintérêt complet des Éditions Plon, nous y reviendrons. Rien dans les bibliothèques autour de chez moi, avant de me procurer une version de poche, regardons dans les offres numériques "alternatives" comme on dit. Depuis la mésaventure du groupe de piratage TAZ épinglé et traduit en justice cette année, les aficionados de la numérisation se sont faits beaucoup plus discrets. Les groupes francophones se sont organisés en serveurs distants, en sites miroirs, etc. Je ne vous dirais pas ici comment les trouver (je ne vous dit pas comment vous procurer vos livres neufs ou d'occasion par exemple). Nous sommes en 2021, les informations abondent sur le web, vous trouverez aisément si vous le souhaitez. Personnellement je pars du principe que si l'offre légale n'existe pas, que si les offres imprimées d'occasion pullulent sur les sites à bas prix et dans les bibliothèques, l'offre illégale devient légitime en quelque sorte. Ce n'est qu'une question de temps. C'était ma conviction à l'époque, elle n'a pas varié aujourd'hui. D'autant plus pour un auteur décédé en 1957, vous en conviendrez. J'en parlais à l'époque avec certains groupes assez vertueux en la matière, qui se fixaient comme règle de retirer l'offre illégale si une offre légale apparaissait chez l'éditeur.

J'ai trouvé La Liberté ou la mort, une excellente numérisation réalisée en 2015. Un coup d'œil sur la traduction, celle de Gisèle Prassinos et Pierre Fridas proposée dans les années 50 chez Plon et reprise chez Cambourakis il y a quelques années. On se rend compte rapidement au bout de quelques pages si le texte proposé a été soigneusement relu ou pas. La numérisation, même si elle a beaucoup progressé en qualité depuis quelques années pour des amateurs non-professionnels, n'exempte pas la relecture pour chasser les coquilles inévitables. C'est le cas ici, bravo. Alors banco, avec les petites corrections habituelles pour me la rendre agréable, couverture, rectifications de quelques balises...

Smartphone, tablette ou liseuse... Éternel débat qui prend moins de sens aujourd'hui, les pratiques sont désormais bien connues, à chacun de lire comme il en a envie. Si les liseuses ont lancé le marché à l'époque, les smartphones ultra-majoritaires se sont faits une place dans les pratiques de lecture pour certains, qui préfèrent l'outil unique et le nomadisme. Les dernières études réalisées montrent bien que les supports de lecture sont désormais bien compris par les lecteurs qui ont pu largement les appréhender. Personnellement ma pratique reste exclusivement sur liseuse. J'ai essayé smartphone et tablette (pas renouvelée, on ne pas tout acheter), entre la fatigue de l'écran rétroéclairé dans le temps long, la gestion de la batterie et les notifications qui captent sans cesse l'attention, je n'ai pas trouvé l'intérêt de changer. L'aspect pratique en mobilité dans la balance ne compense pas je trouve. Pour moi, la liseuse est restée au fil des années le support idéal.

Lire au format numérique, c'est désormais 2 livres sur 3 pour moi. La relecture de toute la Recherche de Proust, de Cervantès, d'Homère, de Bouquins entiers, sans parler de tant de romans américains il y a quelques années, restent des souvenirs importants. Quand je démarre un livre sur ma liseuse, je me pose de temps en temps la question de savoir ce qui change pour moi par rapport à l'imprimé. On évacuera rapidement ces histoires d'odeur du papier, franchement l'odeur des poches ne m'a jamais attiré plus que cela... Le papier du poche, j'en sais quelque chose, est par nature un papier de qualité très moyenne, qui va jaunir très vite, les tranches, puis le bord des marges, le reste au fil des années. Attention de ne pas les laisser trop au soleil, le phénomène va s'accélérer très rapidement. Par nature, le livre de poche n'a pas vocation à être gardé. Si vous voulez conserver un livre dans votre bibliothèque, vous vous tournerez rapidement vers des livres de meilleure qualité. Le problème du papier, c'est aussi le cas de beaucoup de livres en grand format chez les éditeurs. Certains groupes ont généralisé l'emploi des papiers "traces de bois". Ce n'est plus des traces, c'est de la sciure... Certains ne franchissent même plus les éclairages des présentoirs des libraires pendant quelques semaines seulement, observez les tranches notamment. Quand on vend un livre au-delà de 20€, avoir au moins la décence de proposer un papier décent...

Alors bien sûr, reste la spatialisation dans l'objet-livre, la couverture, la maquette, la typographie choisie par l'éditeur, le rapport aux lignes dans la page, à la matérialisation du début de chapitre à venir, au marque-page, à ce qui nous reste à lire... Autant d'éléments qui comptent certes - surtout pour des beaux livres où un soin a été apporté par l'éditeur-, mais qui se distendent avec la pratique je pense, surtout comparativement au poche et avec des fonctionnalités pour le numérique qui les compensent, je pense à la recherche, au grossissement des caractères, à l'éclairage, à des dictionnaires embarqués, etc. Très sincèrement je passe d'aussi bons moments à lire de bons livres en imprimé comme en numérique. Et de mauvais livres, n'en parlons même pas...

Le format numérique permet d'évacuer la forme, se consacrer au seul texte. Très sincèrement, au fil des années, la pratique m'est devenue complètement naturelle. Passer de l'imprimé au numérique devient une pratique identique à celle de passer du grand format à un poche... J'observe ce qui se disait au début de l'expansion du format poche dans les années 60, personne n'évoquait même cette différence dix ou quinze ans plus tard, cela serait même passer comme ridicule pour des lecteurs de ma génération vingt ans après. Je pense qu'il en est de même du format numérique. Pour preuve ces auteurs qui s'affichaient "défenseurs de la cause du papier" il y a dix ans, ils seraient sérieusement ringardisés aujourd'hui, alors qu'ils s'affichent en pagaille sur les réseaux. On ne peut éternellement s'étendre sur une chose et son contraire, les pratiques de lectures "hors-livre" du côté de la presse notamment se sont très largement développées depuis dix ans. Le livre a suivi ce mouvement, je ne vois pas trop où est le problème. Imprimé, numérique, les lecteurs choisissent, vont de l'un à l'autre, en fonction des moments, des types de livres, de leurs désirs de les garder ou pas pour leurs bibliothèques. J'en parle même avec des grands lecteurs au format numérique qui me disent qu'ils lisent bien plus depuis qu'ils ont découvert ce format. Où sont les grands lecteurs aujourd'hui, ce serait l'objet d'une étude intéressante je pense...

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PS: à lire en complément une excellente critique du livre de Kazantzaki sur le blog DesLivresRances.


2. La transition numérique à l'aune de Nikos Kazantzaki

ZorbaCommencer le voyage en compagnie de Nikos Kazantzaki, c'est le faire avec son livre le plus célèbre, Alexis Zorba bien sûr, élu meilleur livre étranger en 1954. D'abord je vous déconseille le film hollywoodien très surévalué qui l'a rendu si populaire. Alexis Zorba, c'est un livre absolument formidable, je l'avais lu à 20 ans, je l'ai relu à 40, je l'ai relu encore le week-end dernier avec le même plaisir. Dans ces billets il ne sera pas question de vous donner des critiques sur les livres eux-mêmes, un exercice que je laisse à bien meilleur que moi. Bien entendu si je vous donne envie de relire Kazantzaki ce sera un plus évidemment. Au travers des livres de Kazantzaki je compte mettre en lumière les pratiques de lectures aujourd'hui, ce que le numérique a changé (ou pas) depuis dix ans.

Mettre en lumière un auteur, c'est d'abord un choix éditorial, faut-il le rappeler. Depuis la Renaissance (pour ne remonter que jusque-là) rien n'a changer ou très peu à la marge. Dix ans d'auto-publication n'ont rien bouleversé à cette donne, elle est là surtout pour repérer de temps en temps des auteurs avant-coureurs, pour le champ de l'édition traditionnelle. Les lecteurs l'ont bien compris. Saluer au passage le regretté André Schiffrin, décédé en 2013, anniversaire il y a quelques jours. Lire Kazantzaki aujourd'hui c'est saluer le magnifique travail qu'ont entrepris les Éditions Cambourakis, à partir de 2015, pour le rééditer. Un chantier important avec des traductions inédites ou révisées, dix livres à ce jour. Les livres sont repris au fur et à mesure au format de poche dans la collection Babel chez Actes-Sud (cinq actuellement), nous y reviendrons. Grand format, passage en poche ensuite, schéma classique. Pas de format numérique, c'est bien dommage. Il y a toujours quelques réfractaires au numérique chez les éditeurs, Cambourakis en font partie... Pourquoi ce refus? Celui par conviction de l'ayant-droit, de l'éditeur? Cela ne semble pas le cas de l'ayant-droit puisque les livres de Kazantzaki en grec, en anglais, en espagnol, en italien, en allemand, en japonais même, sont proposés au format numérique. Refus de l'éditeur d'origine, Plon? Peut-on ignorer aujourd'hui la frange des lecteurs, même réduite, qui sont intéressés par le format numérique. Partir en Crête à la manière de Jacques Lacarrière avec les livres dans le sac à dos? Peut-être mais convenez que c'est plus pratique. Sans parler bien sûr de tous les lecteurs de l'espace francophone qui ont du mal à se procurer les versions imprimées, des universitaires et chercheurs qui travaillent sur Kazantzaki, qui souhaitent bénéficier des avantages de la recherche dans les versions numérisées.

Deux ans, cinq ans encore cette résistance? Depuis dix ans des écrivains importants (ou leurs ayants-droits) qui refusaient le format numérique comme par exemple Garcia-Marquez, Kundera pour ne citer que ces deux-là, sont finalement revenu sur leurs positions. Je pense qu'un écrivain comme Nikos Kazantzaki, avec toute son œuvre résolument tournée vers l'universel, aurait salué la diffusion de ses propres textes de la manière la plus large possible. Le format numérique va dans ce sens; c'est assez incompréhensible pour moi aujourd'hui mais passons.

Le hasard a fait que j'ai trouvé dans une boite d'un bouquiniste l'été dernier pour quelques euros cet Alexis Zorba, qui a inauguré chez Cambourakis la série. Un exemplaire un peu défraichi, les mors passés, le dos un peu fendu en bas mais propre à l'intérieur. Il était évident que je n'allais pas le laisser passer. Ah, cette fameuse sérendipité, cet anglicisme qui désigne la capacité, l'aptitude à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l'utilité (scientifique, pratique). Pratique qui accompagne les avatars du livre depuis des millénaires sans doute, que ce soit sur les ânes, les carrioles du colportage ou les chameaux des voyageurs itinérants, puis les échoppes et les tapis des libraires ensuite... En ce XXIème siècle, la pratique continue, c'est même la caractéristique essentielle de la librairie, vous le savez. Vous rentrez avec une idée en tête, au bout de quelques minutes, vous dénichez des livres dont vous n'aviez pas même soupçonné l'existence... Sur le web la pratique est moins évidente. Le moteur de recherche vous dirige, adieu la sérendipidité, il vous faudra le concours d'un conseil critique ou plus insidieusement d'un robot pour arriver à un nouveau livre.

Vingt-cinq ans d'internet et nos plus belles trouvailles restent sans doute dans les découvertes faites par hasard dans les librairies physiques. C'est en tout cas mon cas. Neuf ou d'occasion, pourquoi le faire venir à vous, vous l'avez dans les mains. La future loi sur le port va d'ailleurs réglementer un tarif minimum qui va encadrer le dumping qui existe encore chez certains. En plus pour des livres défraîchis très peu chers, le prix du port représente souvent plus que la valeur affichée du livre. Rajouter encore que ce n'est pas bon pour la planète, bref oublions... Alors oui vous me direz, les industrieux Momox, Recyclivre et autres qui faussent le marché avec des prix toujours parmi les plus bas, le port bientôt les rappellera à l'ordre avec la prochaine loi. Il en faut un peu d'ordre, c'est pas plus mal pour tout le monde, les plus petits compris. Et puis, quelle sérendipidité chez eux? Amusez-vous à faire défiler leurs rayons virtuels, c'est d'un ennui... Je pense que les libraires doivent s'emparer du livre d'occasion, en mode raisonné et choisi bien sûr. C'est un débat depuis longtemps dans la profession, peut-être va t-il vraiment évoluer avec la nouvelle génération de libraires, qui sait.

Lecture très agréable que ce livre, la préface et la traduction révisée de René Bouchet est excellente. Édition soignée, rabats de couverture, papier de qualité, belle typo. Dix années de lectures numériques ne m'ont pas détourné de l'imprimé, vous pensez bien. Alors oui, le livre imprimé en grand format est moins pratique en mobilité entre le poids et la crainte de l'abimer. Bien sûr, l'exemplaire ne sera pas du plus bel effet dans ma bibliothèque, défraîchi comme il est, mais je le passerais plus volontiers autour de moi.

Bref, continuez à fouiller les boîtes dans l'espace urbain et celles des librairies d'occasion, les brocantes, les solderies, passez les livres autour de vous même défraîchis, cela durera encore des millénaires sans doute, et le numérique n'y fera rien. Peut-être même que ce dernier évoluera encore dans les échanges entre particuliers pour des livres en troc ou pour quelques menus euros, à suivre...

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1. La transition numérique à l'aune de Nikos Kazantzaki

KazanDix années de format numérique en cette année 2021 qui s'achève... C'est sans doute le moment de faire un point d'étape. Basculement, transition, effet de mode, coup marketing, il a été raconté beaucoup de bêtises pendant ces dix années, cela n'est pas la peine d'y revenir, laissons dans les limbes. C'est évidemment dans le temps long que se mesurent les frottements entre l'imprimé et le numérique. Nous étions convaincus de cela pour les plus lucides d'entre nous, nous étions évidemment dans le vrai.

Pour terminer cette année, j'ai souhaité mettre en évidence mes propres pratiques de lectures, elles ont beaucoup changé depuis dix ans c'est certain. Les livres imprimés neufs et d'occasions se trouvent désormais sur les tables et à portée de clics, disponibles, pas disponibles ; le format numérique reste quant à lui d'un accès plus discutable et confidentiel, nous y reviendrons. Plutôt que de gloser sans fin sur le sujet (certains se risquent à l'exercice), je me suis dit qu'il était peut-être plus intéressant de prendre un exemple très concret. Relire toute l'œuvre d'un écrivain dans les semaines qui viennent (allez je me donne deux mois), cela nous permettra de balayer bien des aspects sur nos pratiques de lectures en cette fin d'année 2021.

J'ai choisi Nikos Kazantzaki (1883-1957), cet immense écrivain dont la célébrité après sa mort (alors qu'il méritait le prix Nobel haut la main), n'a tenu qu'à un objet de folklore hollywoodien. Si vous voulez trois raisons de relire Kazantzaki, Hubert Prolongeau nous les donne ici. Cela tombait bien, au-delà de mon envie personnelle, les livres de Kazantzaki vont nous permettre d'aborder pas mal de choses, vous verrez...

Pour lire Kazantzaki dans notre langue, c'est déjà il faut bien le dire un immense scandale. Passer votre chemin, pas de Pléiade, pas de Quarto, pas de Bouquins, pas d'Omnibus (un seul publié dans les années 1990 - regroupant trois romans-, épuisé depuis bien longtemps)... Mort en 1957, il faudra sans doute attendre son entrée dans le domaine public en 2028 pour voir quelque chose, comme pour George Orwell par exemple. Il était l'un des phares de la célèbre collection Feux Croisés chez Plon, l'éditeur n'a plus jugé bon de le maintenir dans son catalogue.

C'est parti pour un grand voyage dans Kazantzaki. Je publierais, au fil de mes lectures, mes réflexions sur mes pratiques de lecteur, sans nul doute elles feront échos aux vôtres si vous me lisez.

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Sigil : incontournable pour vos ePub

SigilA signaler un focus particulier à propos du logiciel libre Sigil, c'est sur le Carnet de la Fabrique du numérique. Je ne dirais jamais assez tout le bien que je pense de Sigil que j'utilise depuis de très nombreuses années pour fabriquer ou seulement corriger des livres numériques. Je ne passe plus depuis des années par aucun traitement de texte dans des étapes préparatoires, pour formater des textes pour mes liseuses et mes applications Android. Sigil avait bien failli disparaître il y a quelques années, il est plus vivant que jamais aujourd'hui avec une communauté active, avec de nouvelles versions régulières. Rappeler, comme l'écrit très justement Emmanuelle Lescouet, "qu'il est tout à fait possible de construire un ePub simple sans connaissances aucunes en programmation, même s’il faudra alors se limiter à des objets assez simples". Sigil, absolument incontournable pour vos ePub.


Réseau Carel 2021 : Comment acquérir des ressources numériques en bibliothèques ?

Logo-reseau-carelLa journée Réseau Carel 2021 Comment acquérir des ressources numériques ? s'est déroulée le 12 octobre dernier à la Médiathèque Marguerite-Duras de Paris. Les supports de la présentation ont été mis en ligne. Plusieurs portails ont présenté leurs résultats, La Boite numérique en Calvados, Limédia en Lorraine, La Bibliothèque Numérique de Paris et les collectivités en Isère. A retrouver sur le site de Réseau Carel.


Webinaire : les progrès numériques au service des DYS

Evénements-Moyen-1Un webinaire intéressant la semaine prochaine autour des lecteurs dyslexiques. Sophie Hamon, responsable accessibilité chez MOBiDYS, s’entretiendra avec Patricia Godin (orthophoniste) et Laetitia Branciard (chercheuse, spécialiste de l’accessibilité numérique, présidente de la commission en charge de l’exception handicap au droit d’auteur, vice-présidente de la FFDYS…) sur l’intérêt du numérique associé aux outils des orthophonistes pour soutenir les publics DYS. N'hésitez pas à relayer autour de vous. C'est par ici.


Kobo Elipsa : test complet

Elipsa3Reprise de mes tests aujourd'hui avec un très beau modèle de liseuse sorti au début de l'été chez Kobo. La liseuse haut de gamme de la marque désormais chez Kobo, qui compte pas moins de 5 modèles. Les liseuses Nia et Clara HD en 6 pouces, la Libra 2 en 7 pouces qui sort en octobre, la Sage en 8 pouces (elle aussi dans quelques semaines en remplacement de la Forma) et cette Elipsa en 10,3 pouces.

En fait, plus qu'une liseuse, c'est un pack entier qui est proposé par Kobo contenant la liseuse, une couverture de protection et un stylet. Un prix de 399,99€ pour ce coffret. Un partenariat toujours avec la Fnac qui assure une visibilité très importante à la marque en France. Le détail sur le site de Kobo.

Depuis quelques années les modèles en papier électronique EInk se sont développés avec des possibilités d'annotations. Kobo, l'un des leaders du marché désormais depuis une dizaine d'année, se devait de proposer quelque chose pour les fidèles de la marque autant que pour une nouvelle clientèle avec une utilisation professionnelle ou semi-professionnelle. Prix élevé donc pour cette liseuse mais justifié semble-t-il par le format, le stylet et la couverture, à condition bien sûr que le résultat soit à la hauteur des attentes.

C'est parti pour un test complet: 

Prise en main: un très beau packaging, un coffret magnifique, beaucoup de soin, on appréciera vraiment pour un cadeau par exemple; à l'intérieur du coffret, la liseuse, la couverture, le stylet et le traditionnel câble usb pour recharger, standard désormais classique avec un mode d'emploi. Il manquerait peut-être le petit adaptateur secteur, mais bon. Première sensation, cette Kobo Elipsa est vraiment fine et relativement légère pour ce format, 383g sur la balance, 7,6mm d'épaisseur. Bien entendu avec la couverture, le poids est bien plus conséquent mais on ne saurait imaginer une liseuse de tel format sans une protection au niveau. Une couverture coque de très belle qualité avec un revêtement plastique agréable de couleur bleu clair; bonne surprise la face avant peu se déclipser très facilement avec des bords aimantés pour être moins lourde en condition de lecture. A l'utilisation le poids n'est vraiment pas un handicap, on peut aussi poser la liseuse sur une table avec des rainures pour la réhausser à l'arrière, c'est malin.

Les finitions sont parfaites, on a vraiment le sentiment d'une liseuse de qualité premium. Seuls boutons en bas à droite dans l'épaisseur, le bouton marche-arrêt (en surépaisseur ce qui est appréciable) et l'emplacement pour le câble usb. Pas de boutons sur la face avant, tout se fait par le tactile. Un bord élargi sur le coté pour la prise en main (rotation possible pour les gauchers), le logo Kobo discret. Belle idée également, l'emplacement du stylet en haut de la liseuse sur le bord de la couverture. Magnétisme, clipsé, pas de risque de le perdre et pas de surépaisseur extérieure. Bref, j'ai eu beau cherché partout sur toutes les coutures, tout est parfait, bravo à l'équipe de Kobo qui a planché sur le design et les matières.

Allumage maintenant, avec un écran 10,3 pouces eInk Carta 1200 avec une résolution de 1.404 x 1.872 et 227 ppp. Un magnifique écran, un contraste et une définition excellente. Des dimensions de 193 x 227,5 x 7,6 mm. Un format équivalent au A5 papier, c'est à dire la moitié du format A4. Les pionniers des liseuses se rappelleront que l'on a désiré en tel écran grand format pendant des années et des années. Vous savez comme je suis sensible à la qualité de l'écran. C'est ce qui se fait de mieux en terme de contraste et de définition. Cette Kobo Elipsa est irréprochable, le meilleur standard actuel sans doute. On peut désormais aller sans problème dans des caractères plus fins avec un contraste sans égal.

Coté processeur, il affiche 1,8 GHz à quatre cœurs. De quoi apporter de la rapidité notamment pour des fichiers lourds. Coté stockage 32 Go, suffisant pour ce que j'ai pu tester pendant ces quelques semaines, en sachant que l'accès Dropbox permet de soulager une bibliothèque d'archives trop étendue, je vais y revenir. A signaler qu'il n'y a pas d'étanchéité sur ce modèle.

Lumière intégrée avec le dispositif ComfortLight: une fonctionnalité désormais plébiscitée par beaucoup d'entre vous. J'ai toujours tendance à la relativiser parce que j'utilise toujours ma lampe de chevet au quotidien le soir et la lumière du jour en mobilité. L'éclairage intégré est excellent, les zones d'ombres sont derrière nous désormais. J'aime beaucoup aussi le réglage de l'intensité de la lumière avec le doigt à l'écran sur le côté gauche, idéal. A signaler que la lumière est neutre, sans réglage possible, plus bleue ou plus chaude, comme sur d'autres modèles de la marque. Peut-être un bémol pour certains d'entre vous qui y sont habitués.

Navigation: Les fidèles de chez Kobo s'y retrouveront, "accueil" avec les derniers livres ou documents en cours, "mes livres" avec la bibliothèque embarquée, "mes carnets" avec les espaces d'annotations j'y reviendrais, la librairie KoboStore accessible avec le wifi, ainsi que pas mal de jeux divers embarqués pour les amateurs.

Fluidité dans la navigation avec le processeur puissant, je n'ai vu aucun problème particulier pendant ces semaines sauf une bizarrerie. Le pinch and zoom pour agrandir les caractères avec les doigts ne fonctionnait pas pour le format ePub sur mon modèle, obliger de passer par le menu pour grossir les caractères. J'ai signalé ce problème à Kobo sans avoir de réponse pour l'instant, à vérifier de plus près. Par contre il marchait très bien pour les autres formats.

Coté format justement, c'est 15 formats de fichiers qui sont pris en charge nativement (EPUB, EPUB3, FlePub, PDF, MOBI, JPEG, GIF, PNG, BMP, TIFF, TXT, HTML, RTF, CBZ, CBR). J'ajouterais le format WORD, sans problème. Bref tous documents, cela apporte une grande polyvalence à l'utilisation, on se pose pas de questions.

Pour l'ePub, manque le réglage des césures, un peu dommage; à signaler que l'on peut étendre très facilement les polices proposées (seules Amasis, Avenir Next, Caecilia, Georgia, Gill Sans, Kobo Nicket et Malabar sur la liseuse). Toujours les paramètres avancés pour le réglage fin des polices, une spécificité intéressante chez Kobo. Dictionnaire embarqué de qualité, fonctions surligner, ajouter notes et recherches habituelles. Les amateurs d'ePub s'y retrouveront.

Plus que d'autres modèles qui sont délibérément des carnets de notes, cette Kobo Elipsa est une machine à lire et à annoter, puissante et polyvalente pour les gros consommateurs de documents. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire pendant ces dernières semaines, notamment tous ces PDF que l'on met de côté et que l'on ne lit que très rarement de manière exhaustive sur nos écrans rétroéclairés.

Audio: c'est quand même une relative surprise qu'un modèle haut-de-gamme comme cette Kobo Elipsa ne supporte pas le format audio, dommage je trouve, cela aurait mérité un effort supplémentaire, surtout avec le développement actuel des livres audio chez les éditeurs.

Autonomie: un petit mot sur l'autonomie. Une grosse utilisation de la capacité mémoire et du wifi entrainent, comme sur d'autres modèles d'ailleurs, une bonne perte d'autonomie de la liseuse, c'est flagrant. Lors de mes nombreux tests ces dernières semaines, j'ai dû revenir une fois supplémentaire à la prise. Mais je pense qu'une fois les bibliothèques téléchargées dans la mémoire (les couvertures toutes affichées), il n'y aura pas de consommation excessive. Comme d'habitude, je conseille cependant de déconnecter systématiquement le wifi et de ne l'utiliser que si l'on en a besoin au cas par cas.

PDF/ CBR-CNZ/ Word: un grand écran c'est bien évidemment l'ouverture vers la lecture de fichiers de grands formats de pages. J'ai essayé beaucoup de choses, c'est vraiment satisfaisant, jusqu'à des Cahiers de l'Herne en PDF, vous voyez un peu le format. Le A4 réduit de 50% reste très lisible, les bandes-dessinées notamment. Je ne suis pas un grand amateur de bandes-dessinées et je dois bien dire que c'est la première fois que je prend du plaisir à lire des bandes-dessinées sur une liseuse. Le format 10,3 pouces règle le problème de manière définitive, en dessous il faut bien dire que l'on bricolait laborieusement. J'en veux pour preuve que des collections de bandes-dessinées sont proposées imprimées à 50% et restent lisibles, c'est un signe. Le A5 est le format minimum selon moi, on aura même le format presque réel en mode horizontal en deux affichages d'écran.

Stylet et fonctions d'annotations: c'est bien entendu l'apport numéro un de ce modèle. La qualité du stylet proposé est impeccable, très agréable à l'utilisation. La graisse du stylet est suffisante. Avec ces deux boutons gomme et surlignage, il se révèle très complet pour annoter. Attention à la petite pile à placer en haut du stylet à la première utilisation. Elle est fournie dans la boite. Disponibles par lots de 5, les embouts de rechange du Stylet Kobo sont vendus avec un outil pratique permettant d’échanger l’embout usé par le nouveau, en toute simplicité (prix à 9,99€ les 5). Peut-être prévoir d'en commander tout de suite une série pour les grands utilisateurs.

Kobo propose des cahiers d'annotations, l'écriture avec le stylet est très agréable, le contact de la pointe avec l'écran très bon. On regrettera un peu de latence, mais je pense que l'on s'y habituera très bien au bout de quelques semaines d'utilisation. Une reconnaissance de caractère type OCR est proposée, c'est très convaincant pour ma propre écriture. On pourra bien sûr importer des illustrations dans ses notes. La récupération des cahiers vers l'extérieur est très réussie comme le reste. Attention, l'orientation "cahiers d'annotations" s'il est très correct, reste une fonctionnalité secondaire par rapport à d'autres modèles comme la ReMarkable par exemple, qui sont vraiment orientés "gribouillage de cahiers" avec beaucoup plus de fonctionnalités. Une philosophie différente, la Kobo Elipsa est très orientée sur la lecture de documents et annotations/ accès/échanges, sans parler bien sûr du format ePub et de l'accès à la librairie.

Accès Dropbox: Kobo propose en partenariat avec Dropbox un accès cloud gratuit qui vous permettra d'accéder et de sauvegarder très facilement tous vos documents. L'utilisation de ce cloud sur tous vos appareils (smartphones, tablettes, ordinateurs et donc liseuse) est excessivement pratique pour tous vos mouvements de documents, les échanges comme les sauvegardes. Les annotations sont sauvegardées de manière impeccable quand vous rafraichirez votre bibliothèque. Seuls les fichiers ePub avec vos annotations ne seront pas disponibles hors de l'environnement Kobo. En effet Kobo a développé sa propre couche pour ces annotations. Sachez en tenir compte entre aficionados de liseuses de marques diverses. J'ai vraiment beaucoup apprécié cette dimension indispensable à l'utilisation avec Dropbox, bravo.

Librairie intégrée: Rien trop à dire, la librairie Kobo est très complète et pratique pour découvrir et lire de nouveaux livres.

Verdict: En conclusion de ce test, cette Kobo Elipsa se révèle une magnifique liseuse, fine, légère, à la finition remarquable, bien complète et ouverte, avec tous les paramétrages possibles. Vraiment un modèle haut-de-gamme qui tient toutes ses promesses. J'insiste sur la qualité des matériaux, on est vraiment dans la sensation d'un modèle premium. Qualité de l'écran, rapidité avec le processeur, l'espace de stockage est étendu. Vous prendrez beaucoup de plaisir à lire dessus avec son grand écran, généreux et bien contrasté. Le stylet et son utilisation sont très réussis. C'est la polyvalence des formats et l'accès Dropbox qui m'a séduit avant tout. Enfin pouvoir lire des documents grands formats et longs avec un vrai confort de lecture et l'annotation en plus. Sincèrement, je ne vois pas trop où dénicher de défauts à cette liseuse. On regrettera l'audio, je l'ai dit. Le poids avec la couverture ne m'a pas gêné outre-mesure, je l'ai beaucoup trimballé dans le train notamment, sans gêne particulière, aussi bien posé sur la tablette qu'en main sans la partie supérieure de la couverture déclipsée.

Reste le prix élevé bien sûr. A ce prix-là, c'est un budget important pour une liseuse. Mais le pack est complet avec la liseuse à l'écran grand format, le stylet et la couverture de qualité, on en a pour son argent comme on dit. Si bien sûr vous n'annotez pas trop vos documents, à bien considérer sans doute, à moins de se la faire offrir en cadeau. En revanche pour une utilisation professionnelle ou semi-professionnelle (tous formats, annotations, corrections, sauvegardes et échanges avec des tiers), je pense que cette liseuse se révèlera très polyvalente et efficace à l'usage, on aura très vite "rentabilisé" l'investissement. Une machine à lire et à annoter impressionnante.

Les plus:

  • finesse, légèreté, design réussi, qualité du stylet et de la couverture
  • plastiques de qualité, finition parfaite
  • magnifique écran eInk 10,3 pouces (il change tout), haute définition, contraste très réussi
  • large mémoire embarquée de 32Go
  • qualité de l'éclairage en mode neutre, réglage avec le doigt sur l'écran
  • bonne ergonomie et navigation, qualité du tactile
  • fonctions très étendues et réussies pour la lecture
  • reconnaissance de caractères excellente dans les cahiers
  • très grande ouverture, nombre des formats supportés et réglages possibles
  • connexion directe avec Dropbox absolument épatante à l'utilisation
  • réglages très complets, mises à jours fréquentes chez Kobo
  • excellente intégration de la librairie développée par Kobo
  • bon rapport qualité/prix de ce pack, sans doute réservé pour une utilisation professionnelle ou semi professionnelle

Les moins:

  • absence de l'audio
  • pas d'étanchéité
  • pas de réglage de la tonalité orangée pour le soir, seulement neutre
  • pas de mode pinch and zoom pour le format ePub (à vérifier)
  • temps de latence observé sur l'écriture au travers des cahiers, demande un peu de pratique pour ne plus trop y penser
  • quelques polices "efficaces" pour l'ePub manquent toujours, il faudra les ajouter par vous-même
  • prix élevé pour une utilisation qui ne serait pas professionnelle ou semi-professionnelle

Je remercie Kobo pour ce modèle envoyé en test.

Comme d'habitude, vous pourrez retrouver l'ensemble de mes tests ici, ainsi que sur la page Pinterest. Il s'agit de mon 56ème test de liseuses sur le blog, merci pour votre fidélité à me lire. Pour les images ci-dessous, cliquez dessus pour les agrandir.

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Youboox racheté par Nextory

Logo_youbooxAprès Feedbooks il y a un peu plus de deux ans avec DeMarque, c'est un second acteur français du livre numérique qui passe sous pavillon étranger. Youboox vient en effet d'annoncer un rachat par le suédois Nextory. Fondée en 2011, Youboox avait un challenge difficile à relever sur un marché du streaming boudé par les principaux groupes français, Hachette en tête. Les catalogues de nouveautés absents, il fallait se retourner sur la bande-dessinée, la presse, etc.

Dix années de développement, c'est leurs accords avec des opérateurs qui leur a permis de constituer une base de 2,5 millions de lecteurs francophones. Je me souviens de ma rencontre à Odéon avec Hélène Mérillon et Fabien Sauleman au tout début de l'aventure, quand leur projet tenait sur quelques feuilles de papier. Ce rachat par Nextory va sans doute permettre une nouvelle dynamique, surtout à l'international. Que deviendra la marque?

Un marché du streaming qui est toujours bien difficile, tant les éditeurs semblent plus que jamais en défiance par rapport à des modèles monopolistiques, avec bien sûr Amazon qui rode avec son Prime dévastateur...


Kobo : deux nouvelles liseuses Libra 2 et Sage

KoboDeux nouvelles liseuses du côté de chez Kobo. C'est sur les segments de moyenne et de haut de gamme que Kobo se penche cet automne, avec notamment plus de stockage (32GB) et un effort sur les livres-audio, désormais accessibles sur ces deux modèles avec un accès Bluetooth.

La Libra 2 remplace la Libra H2O avec un écran E Ink Carta 1200 HD de 7 pouces, avec une définition de 1.264 x 1.680 pixels (300 ppp). Elle possède un éclairage en façade avec le système ComfortLight PRO pour régler la luminosité et la température de l'affichage. Elle est étanche. La Kobo Libra 2 sera en vente le 19 octobre pour 189,99€.

Le modèle Sage remplace la Forma, Avec un écran de 8 pouces en E Ink Carta 1200 HD de 1.440 x 1.920 pixels (300 ppp), elle est étanche IPX8, avec l'interface Wi-Fi, du port USB Type-C, et du système ComfortLight PRO.
La liseuse est compatible avec le Stylet Kobo (39,99€), ce qui permet d'ajouter des notes manuscrites sur les ePub comme sur les fichiers PDF. La Kobo Sage sera en vente le 19 octobre prochain pour 289,99€.

Tous les détails sur le site de Kobo.


Mobilis, l'accessibilité du livre

AccessIntéressante journée le jeudi 21 octobre prochain à Nantes, autour de l'accessibilité du livre, à l'initiative de Mobilis.

"Qu'est ce que l'accessibilité dans la filière du livre ? Comment se déploie t-elle ? Des échanges, des partages d'expérience et un mini-forum de professionnels pour découvrir des exemples de médiations, d'outils et pratiques et des maisons d'édition qui en ont fait leur spécialité."

Cette journée est gratuite, ouverte à tous sur inscription, le programme complet est ici.


Kobo Elipsa bientôt en test

KoboelipsaAvec le blog qui revient c'est aussi les tests de liseuses qui reviennent. Vous êtes beaucoup à les suivre je sais bien, vos témoignages sont là à chaque fois. Vous savez combien je suis attaché à ces petites liseuses qui ne me quittent pas dans mes lectures, c'est même l'Iliad d'Irex Technology qui a été à l'origine du blog en septembre 2006 avec l'envie de partager mes impressions. Souvenirs souvenirs, revoir ici. J'en profite pour fêter les 15 ans du blog cette semaine, comme le temps passe. Merci à tous et toutes pour votre fidélité à me suivre...

Depuis, 55 tests aussi complets que possible se sont succédé au fil des années avec tous les fabricants, enfin presque tous bien sûr, ma liberté et mes convictions... Vous retrouverez tous ces tests ici avec le tag.

C'est reparti donc. Merci à Kobo d'être venu vers moi la semaine dernière pour me proposer de découvrir leur nouveau modèle Kobo Elipsa sorti cet été. Je viens de le recevoir ce week-end, le test va suivre, le temps de faire le tour complet comme d'habitude. Un modèle particulièrement évolué avec son stylet qui va me demander un peu plus de temps.