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Michel Tournier au format numérique

Prêt numérique en bibliothèque au Québec : interview avec Jean-François Cusson

PretnumériqueCe week-end je vous parlais du succès du prêt de livres numériques dans les bibliothéques du Québec. Je vous propose d'en savoir plus sur le service PretNumerique.ca avec Jean-François Cusson qui en est responsable chez Bibliopresto et qui a bien voulu répondre à mes questions: 

- Pourriez-vous revenir sur les éléments fondateurs du projet et la mise en place de celui-ci?

BIBLIOPRESTO.CA émane de la volonté commune de l’Association des bibliothèques publiques du Québec, du Réseau BIBLIO du Québec et de Bibliothèque et Archives nationales du Québec de se doter d’un organisme chapeautant le développement et l’accès aux ressources numériques pour les bibliothèques publiques. Les premières discussions autour du projet remontent à 2010. À l’époque, les bibliothèques publiques envisageaient le prêt de livres numériques, mais il n’y avait, d’une part, aucune plateforme qui répondait vraiment à leurs besoins et, d’autre part, très peu d’offres de contenu.

Ayant structuré et défini nos besoins, nous avons travaillé de concert avec De Marque, notre partenaire technologique, pour mettre sur pied l’outil qui allait répondre à nos besoins présents et futurs. La collaboration avec De Marque fut exemplaire, et cela nous permit de rapidement mettre sur pied une première mouture de la plateforme. De Marque demeure le partenaire essentielle de ce projet; nous collaborons avec leur équipe sur une base quotidienne.

En parallèle, des discussions importantes eurent lieu avec l’ensemble des partenaires du milieu du livre québécois (éditeurs, distributeurs, auteurs, libraires, agrégateurs, bibliothèques et l’état) afin de définir les paramètres et le cadre d’un projet pilote.

Le projet fut officiellement lancé en décembre 2011 par 6 bibliothèques. Des résultats préliminaires furent présentés au printemps 2012 et dès l’automne suivant, la plateforme fut ouverte à toute bibliothèque désirant intégrer le service.

- Au démarrage, avez-vous bénéficié de l'appui des collectivités locales et d'organismes publics?

Oui. Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a octroyé à BIBLIOPRESTO une subvention pour aider au démarrage de l’organisme. De même, la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) nous a appuyé financièrement dans le développement initial de la plateforme.

Il s’agissait là d’aide au démarrage. BIBLIOPRESTO ne bénéficie plus maintenant d’aucune aide gouvernementale.

- Comment initiez-vous les partenariats avec les bibliothèques? Quelles interfaces et quelle articulation avec les portails de celles qui en ont?

BIBLIOPRESTO est un organisme à but non lucratif créé par et pour les bibliothèques publiques québécoises. Le conseil d'administration de BIBLIOPRESTO est composé de gestionnaire de bibliothèques de toute taille, ce qui lui donne une certaine représentativité. Partant de là, il est fort aisé de contacter directement les bibliothèques (quand ce n’est pas elles qui nous contactent en premier). De même, nous travaillons beaucoup en collaboration avec nos partenaires du milieu, en particulier l’Association des bibliothèques publiques du Québec, les réseaux BIBLIO régionaux du Québec et Bibliothèques et Archives nationales du Québec.

Les bibliothèques participantes intègrent la plateforme sur la base d’un abonnement de trois ans. Le système est complètement en infonuagique (cloud); il n’y a donc rien à installer localement et les bibliothèques n’ont pas à se doter d’infrastructures lourdes (ex. serveur). La plateforme a été conçue pour pouvoir être utilisée par toutes les bibliothèques, peu importe leur taille.

Les bibliothèques peuvent, si leur système intégré de gestion le permet intégrer finement la plateforme PRETNUMERIQUE.CA à même leur catalogue conventionnel (nos API sont publiés sur notre site web, libre à chaque fournisseur de s’y brancher). Jusqu’à maintenant, quelques fournisseurs ont développé les passerelles nécessaires, mais c’est loin d’être encore la norme. Généralement, les bibliothèques utilisent PRETNUMERIQUE.CA comme une plateforme externe.

En plus de l’interface utilisateur, nous fournissons un module administrateur complet qui permet de suivre ses statistiques, d’exporter des données en chiffrier Excel et de configurer ses paramètres de prêt (durée des prêts, nombre de prêts maximum, durée des mises de côté, alerte de réservation, etc.)

- Quel catalogue proposez-vous aux bibliothèques, nombre de titres, secteurs éditoriaux? Les éditeurs français ont-ils rejoint vos offres?

Nous ne proposons pas de catalogues directement aux bibliothèques. En effet, il s’agit là du rôle des libraires. En mettant sur pied notre système, nous avons convenu en concertation avec l’ensemble des acteurs du milieu du livre au Québec de conserver et de mettre en avant le rôle des libraires dans la chaîne du livre numérique.

Le rôle de BIBLIOPRESTO est alors du côté des négociations avec les éditeurs et distributeurs. À l’heure actuelle, une très grande partie des éditeurs québécois ont signé une entente avec nous qui définit les modalités de vente et d’usage des livres numériques. Dimedia, un distributeur qui diffuse au Québec, entre autres, les titres de Volumen et du groupe Le Seuil, a de même signé une entente similaire, nous permettant ainsi de donner accès au catalogue de plusieurs éditeurs européens.

Actuellement, environ 15.000 titres sont disponibles à l’achat pour les bibliothèques québécoises. Globalement, les collections des bibliothèques québécoises représentent un peu plus de 85.000 exemplaires, chiffres qui ne cessent d’augmenter.

Les livres adultes représentent environ 85% des collections. L’offre jeunesse est encore limitée, et le prêt tarde à décoller de ce côté (à peine 5% du prêt total). Les romans représentent les 3/4 des emprunts.

- Quel modèle économique pour les éditeurs? Les mêmes pour streaming et téléchargement?

Pour le moment, le streaming n’a pas été développé. Tout le système repose donc sur l’emprunt, via téléchargement, de livres numériques équipés d’un DRM (le fameux DRM d’Adobe, dont le coût est ici assumé par les bibliothèques, à l’usage). Lorsqu’une bibliothèque acquiert un exemplaire (c’est-à-dire une licence d’utilisation sur un titre), un accès vers ce contenu est synchronisé dans son compte, et automatiquement rendu disponible à ces usagers. Les livres numériques demeurent ainsi dans leurs entrepôts d’origine. L’emprunt est chronodégradable et la durée du prêt est déterminée localement par chaque bibliothèque (règle générale, il s’agit d’un prêt de 14 ou 21 jours).

Les licences acquises par les bibliothèques sur les titres numériques sont de 55 prêts, et le prix de vente doit être le même que celui pour la vente grand public. Il n’y a pas de plafond temporel aux licences, et les bibliothèques ont le droit de créer des copies de sauvegarde advenant le défaut d’un éditeur ou de son agrégateur.

- Où en êtes-vous par rapport à vos objectifs de démarrage, quelles perspectives pour 2014?

Les objectifs de départ ont été largement atteints puisque nous avons une plateforme fonctionnelle implantée dans la majorité des bibliothèques québécoises. En 2014, nous nous concentrerons sur une bonification de l’offre disponible (négociations de nouvelles ententes avec des éditeurs québécois et européens, intégration de livres anglais et/ou en autres langues). De même, nous souhaitons mieux connaître les besoins des usagers de bibliothèques afin de pouvoir leur offrir un produit qui répond, de façon très concrète, à leurs usages.

- Pouvez-vous décrire le protocole de téléchargement et l'implémentation sur les liseuses en prêts ou celles des usagers?

Je vous inviterais à consulter cette section de notre site Web, ou tout le processus est décrit : https://www.pretnumerique.ca/aide/startup

Peu de bibliothèques québécoises prêtent des appareils à leurs usagers. Quelques expériences ont eu lieu, mais à ma connaissance, les résultats n’étaient pas concluants, et la gestion matérielle des appareils donnait lieu à certaines lourdeurs et complexités que la plupart des bibliothèques ont préféré éviter. Toutefois, la majorité des bibliothèques québécoises offrent des séances de formation, des cliniques d’aide, des conférences sur le livre numérique, etc.

Nous mettons de l’avant un système interopérationnel qui permet aux usagers de consulter leur emprunt numérique sur la plupart des appareils, exception faite des Kindle d’Amazon.

- Avez-vous des statistiques sur la fréquentation?

Comme je le disais plus tôt, nous n’offrons pas le mode streaming. Voici nos dernières statistiques pour les téléchargements, les membres et la fréquentation du site :

  • 513.435 emprunts
  • 1.152.408 branchements au site
  • 102.336 membres uniques
  • 136.287 réservations
  • 61 bibliothèques membres (à noter, un réseau comme celui des bibliothèques de Montréal ne représente qu’un seul membre, alors qu’il comporte 45 succursales. Ainsi, au total, c’est environ 600 points de service qui donnent accès à PRETNUMERIQUE.CA, au Québec).

- Avez-vous des retours sur les taux de satisfactions des usagers?

Rien de structuré pour le moment, même si nous recevons beaucoup de commentaires par l’entremise des bibliothèques participantes.

Je vous invite par ailleurs à visiter notre site web: www.bibliopresto.ca

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