Ce titre pour reprendre le titre du blog d'Hélène qui vient de démarrer deux semaines d'abonnement aux Echos sur l'Iliad. Bon sang, déjà un an que je déballais fiévreusement ma boite, plus de temps encore que j'avais découvert ce fameux papier électronique (j'ai retrouvé l'autre jour l'article imprimé, avril 2004, la page web est toujours là!, à l'époque c'est la présence du géant japonais de l'imprimé Toppan qui m'avait interpellé au côté de Sony et Philips, tiens, tiens). Puis le Librié dans les mains fin 2004 à Montréal, la veille technologique avec Tebaldo, puis Irex, le choix de l'Iliad, plus grand, plus ouvert, plus communicant, plus tout... Cette excitation que j'avais à parcourir furtivement le web à la recherche de contenus. La frustration de ne trouver à l'époque que bien peu de choses intéressantes, des livres dont je n'aurais même pas prêté attention sur des tables de librairies physiques. Est-ce moi qui suis trop exigeant sur ce que je lis ? Ma méfiance du gratuit. Trop sensible à la mise en forme, aux fautes typographiques, aux choix des éditions... Oui, certainement, un choix délibéré au départ aussi. Ne rien lacher, ne rien sacrifier à mes choix de lectures sous prétexte de passer sur l'Iliad. Observer comment cet objet allait peu à peu modifier mes pratiques de lectures, mon temps sur le web, ma consommation de ramettes (j'ai pas surveillé ma consommation d'électricité!). Et puis aussi cette certitude que c'est par la presse que ça viendrait. Une évidence, l'instantanéité, les flux d'informations, tout ce papier imprimé que l'on ne garde pas, qui coûte si cher. Cette rencontre avec le rédacteur en chef de l'Humanité à Nantes qui me disait perdre 0,57€ à chaque exemplaire tombé de la rotative (c'est pas le cas des livres qui tombent de la Cameron!) ; parralèllement la montée des gratuits, la montée des flux d'informations sur le web, le sentiment qu'il y avait certainement une opportunité pour la presse, à condition de mutualiser les offres.
Alors un an, la sortie des Echos, c'est le moment de faire un petit bilan de mes pratiques :
- l'Iliad n'a pas radicalement changé mes habitudes de lectures. J'achète toujours autant de livres, j'ai toujours autant le désir d'en acheter. Même si les librairies se développent du côté de l'offre, les ebooks sont chers (après vingt années de fabrication dans l'édition, je connais trop bien les prix de revient!), j'ai des doutes sur les éditions, c'est pas clair. Certains livres que je n'achèterais pas en papier? Qui ne sont pas en poche? Les prix restent élevés, j'hésite et puis j'oublie. Ma fréquentation des librairies reste intacte. J'achète toujours autant la presse mais c'est là que ça peut basculer pour moi si j'ai des offres complémentaires mutualisées (j'en ai dressé une liste idéale hier !). Si mon frère journaliste est viscéralement attaché au papier-journal, j'avoue que je ne le suis pas.
- l'Iliad a fait baisser mon temps de lecture sur le net, c'est indéniable. Dès que je repère un article un peu long, je m'empresse de le formater pour l'Iliad, c'est un peu petit mais très suffisant pour un article. Cela avec le corelatif qui va avec, l'Iliad a fait baisser ma consommation de ramettes, tous ces articles que j'imprimais, qui trainaient aussi bien sur mon disque dur que dans des chemises, tout va sur l'Iliad, bref un sacré ménage de ce côté-là. C'est bien les marchands de ramettes et d'encre qui ont des soucis à se faire. Côté internet, hormis le wifi indispensable pour un accès automatique des contenus, je ne recherche pas un livrel connecté pour des usages web. Je n'ai pas de PDA, pas de smartphone (et je n'en éprouve pas le besoin), j'ai un téléphone-portable dernier cri (je m'en sers seulement pour téléphoner, mais je l'ai choisi -en plus du fait que l'on me l'a donné avec des points- parce qu'il est ultra-fin et qu'il ne déforme plus mes poches!). Le passage par l'ordinateur ne me pèse pas.
- J'utilise l'Iliad aussi bien hors de chez moi (trajets quotidiens, week-ends), que sur mon bureau, dans mon salon, dans mon lit. Il voisine sans concurrence avec livres et journaux ; avec lui j'ai eu envie d'acheter des livres, de retourner sur le web, de poursuivre des lectures ailleurs. C'est ce qui est le plus intéressant. Plutôt que de diaboliser, de présenter un monde manichéen numérique vs imprimé, c'est la complémentarité qui est extraordinaire.
Bon voilà, les livrels vont lentement mais sûrement se diffuser. D'après Olivier aux Echos, nous serions seulement 3 a avoir souscrit l'offre abonnement-seul!, mais combien au total pour la fin de l'année? ; ils tablent sur 1500/2000. Je vous le dis bien que tout va venir de la presse... Et quand je vois ma petite vidéo visionnée plus de 1100 fois en trois semaines, ça doit en exciter plus d'un !


Tout à fait d'accord sur le rôle de la presse comme moteur principal.
Je pense que votre remarque
"Dès que je repère un article un peu long, je m'empresse de le formater pour l'Iliad"
est extrêmement importante :
le genre de lecteurs quasi professionnels que vous êtes, comme tous ceux qui sont susceptibles d'essayer le nouveau support a une culture de lecture qui l'a habitué à fragmenter sa lecture et à s'assurer une disponibilité personnalisée de ses textes. Il est très important de pouvoir charger ses textes, quels qu'ils soient, pas uniquement des ouvrages packagés.
L'ouverture des dispositifs mobiles ("là où et quand on veut") élargit nos possibilités, on peut emporter des lectures alors qu'auparavant on devait aller les chercher, mais en continuité/contiguïté avec d'autres formes, d'autres lieux.
Le cas "exemplaire" est le bouleversement des encyclopédies multivolumes, que les lecteurs peuvent désormais "invoquer" alors qu'ils allaient vers elles pour les consulter, mais qu'ils consultent aujourd'hui régulièrement sous les deux formats (retour du papier avéré à l'Universalis), pour une lecture découverte "embarquée" et une lecture assimilation sur l'exemplaire papier.
Rédigé par : Alain Pierrot | 19 septembre 2007 à 17:50
Oui Alain, c'est la fameuse différence entre les technologies "push" et "pull".
Il me parait aussi essentiel de pouvoir embarquer le texte qu'on souhaite et la dessus il y a un double travail à faire:
- mieux séparer le fond de la forme sur Internet pour pouvoir facilement embarquer ce contenu sur un périphérique mobile
- faciliter les processus d'acquisition et de transformation du contenu
Par exemple avec le lien qu'Hervé a mis sur ce blog vers Feedbooks (me lire sur votre livrel), n'importe qui sans la moindre connaissance technique peut avoir une version de ce blog à lire sur son périphérique mobile.
Rédigé par : Hadrien GARDEUR | 19 septembre 2007 à 18:02
j'ai régulièrement des demandes de la part de lecteurs qui recherchent des alternatives pour lire des thèses universitaires, des gros documents techniques [pas plus tard que ce matin, des essais de docs www.syngress.com (pdf, petits mais ça passe) et d'autres au format microsoft chm (ne passent pas)], je pense qu'il y a une demande très forte pour des livrels adaptés ;
je passe aussi des articles wikipédia assez longs, le pdf est très facile à utiliser avec le web, c'est clair.
Rédigé par : Aldus | 19 septembre 2007 à 18:38
avec les fonctions version imprimable, aperçu avant impression et une modification de l'échelle à 150%, le fichier est parfait pour l'iliad
Rédigé par : Aldus | 19 septembre 2007 à 18:49
Ca reste un peu du bricolage, ce qui sera parfait c'est quand on fera de même avec de l'ePub pour éviter les questions de taille et que automatiquement on aura un respect de certaines règles typographiques.
Il y a un très gros marché de lecteur pour les professionnels et l'éducation supérieure, mais le mieux pour ceux-ci c'est d'attendre un format A4 flexible comme lecteur qui leur garantira une restitution parfaite de tous les documents tout en conservant une certaine mobilité...
Rédigé par : Hadrien GARDEUR | 19 septembre 2007 à 19:19
"mieux séparer le fond de la forme sur Internet pour pouvoir facilement embarquer ce contenu sur un périphérique mobile"
Plus précisément :
Concevoir des documents embarquables
Spécifier les possibilités/limites de redocumentarisation (http://www.cepadues.com/livre_details.asp?l=728 ) dans un langage standardisé
Avertir les lecteurs quand ils sont exposés à un document manipulé au-delà des limites spécifiées
On parle de ça chez Exact Editions. (http://exacteditions.blogspot.com/2007/09/file-conversion-or-interoperating.html )
Rédigé par : Alain Pierrot | 20 septembre 2007 à 07:51